La lumière de la fin d’après-midi inonde la salle de classe, dessinant des ombres longues sur les bureaux impeccablement alignés. Le tableau blanc est encore couvert des mots que l’enseignante a laissés en partant : « Courage, demain est un autre jour ! ». Aavar est seul, assis au fond, sa petite main droite crispée sur le bord de son bureau. Il regarde fixement ses genoux, où une ecchymose s’étend sous la toile de son pantalon.
Il murmure, à lui-même, comme s’il voulait briser le silence mais sans oser crier
« Ça fait pas si mal... »
Il grimace. Sa main gauche effleure son côté droit, là où une douleur sourde pulse sous sa chemise trop grande. La blessure est récente, un coup mal placé de son père. Il le sent, chaque respiration le pique, mais il refuse d’y penser trop longtemps.
« Ça devait être ma faute, c’est ça ?! Pourquoi... Pourquoi faut toujours que je fasse quelque chose de travers ? »
Il se redresse brusquement, frappant le bureau devant lui d’un coup de poing. Le bruit résonne dans la pièce vide, mais il ne sursaute pas.
« Mais j’ai rien fait cette fois ! RIEN ! »
Il se lève d’un bond, comme pour fuir quelque chose. Sa chaise racle le sol, mais il reste planté là, immobile. Il a envie de courir, de crier, mais il sait qu’il n’a nulle part où aller. Lentement, ses mains retombent le long de son corps.
Il regarde ses doigts : sales, griffés, comme s’ils portaient la marque de tous ses échecs.
« Un jour, je serai fort... Plus fort que toi, papa. Et tu pourras plus jamais... »
Sa voix se casse. Mais il refuse de pleurer. Pleurer, c’est pour les faibles, c’est ce que son père dit toujours. Alors, il ravale ses larmes et retourne s’asseoir, les bras croisés sur le bureau.
Dehors, un oiseau s’envole et passe devant la fenêtre. Aavar lève les yeux et le regarde disparaître dans le ciel gris.
« Un jour, je partirai aussi. »
Le silence revient, lourd et inébranlable. Mais cette fois, Aavar n’est plus totalement écrasé par lui.