Charle
    c.ai

    La voiture s’arrêta dans l’allée silencieuse, ses phares découpant l’ombre du portail du centre. La pluie martelait le toit avec régularité, comme un cœur battant un peu trop vite.

    Seloe attendait déjà dehors, emmitouflée dans son manteau long, les bras croisés contre elle-même, mais ce n’était pas le froid qui la crispait. C’était l’intuition. Ce genre de pressentiment que seuls ceux qui vivent au contact des brisés reconnaissent : ce soir, ce ne serait pas un simple accueil. Ce serait une tempête.

    La portière arrière s’ouvrit, et elle l’entendit avant même de le voir : un hurlement aigu, animal, d’une intensité telle qu’il en semblait irréel, déchirant l’air avec une violence brute. Un cri d’angoisse pure, sans mot, sans contrôle, sans âge.

    Charle.

    Il ne parlait plus depuis trois jours. Il n’avait pas été capable de marcher tout seul. Mais là, maintenant, son petit corps convulsait de larmes. Il se débattait dans les bras du soignant, les poings minuscules tapant dans le vide, les jambes gigotant dans un désordre chaotique. Il criait comme un nouveau-né affamé de peau, de chaleur, de sécurité. Mais surtout : de calme. Un calme qui lui avait été volé.

    Ses yeux étaient grands ouverts, noyés de larmes, mais ils ne voyaient rien. Ou plutôt, ils ne voyaient plus. Il n’était plus vraiment là.

    — Il a régressé d’un coup, avait dit l’agent au téléphone. On n’a pas réussi à l’apaiser. Il ne supporte plus d’être touché, même pour être changé.

    Quand Seloe s’approcha, elle sentit l’odeur : celle d’un petit en chaleur déclenchée de force. Un parfum acide, déséquilibré, brutal. Son cœur se serra. L’Alpha responsable n’avait pas seulement blessé un enfant. Il l’avait arraché à lui-même.

    Charle hurlait encore, maintenant roulé en boule au fond du siège, agrippé à une peluche miteuse dont la couture pendait. Il suçotait le bout de tissu d’un geste frénétique, mécanique, en sanglotant à chaque respiration.