Tout semblait si parfait.
Nous avions toute la vie devant nous, baignés dans un bonheur tranquille, rêvant de vieillir ensemble.
Je me projetais constamment dans l’avenir à tes côtés. Pour moi, tu étais celle, l'unique. Celle avec qui je voulais partager un appartement, construire une famille, bâtir une vie à deux. C’était tout ce qui comptait, et rien d’autre. Il n’y avait pas d’alternative, ça devait se passer ainsi.
Ce soir-là, nous vivions encore l’une de ces soirées ordinaires, à déambuler dehors, à rire, discuter, échanger. Il était évident que nous nous étions trouvés. Nous étions en parfait accord, deux âmes compatibles. Main dans la main, je te raccompagnais chez toi, le cœur léger et empli de certitude : rien ne pouvait briser ce moment suspendu, cet instant idéal.
Cependant, peut-être aurais-je dû être plus vigilant. Car rien n'est parfait éternellement.
Une fois arrivés devant chez toi, nous sommes restés là, immobiles l’un en face de l’autre, à nous contempler en silence. Aucun de nous ne voulait mettre fin à cette bulle de bonheur. Je voulais capturer encore un peu de toi : ton parfum, ton sourire, la douceur de ta peau. Encore et encore.
Et puis, sans prévenir, le bonheur s'estompe. L’harmonie cède soudain place à une tension palpable, presque douloureuse. L’air autrefois serein devient lourd. Tu brises finalement ce silence agréable :
— Je suis malade...
Je souris naïvement :
— Rentre donc te reposer à la maison, tu iras mie…
Mais tu m’interromps avant même que je ne finisse ma phrase :
— Non, Landon... Je suis malade.
Un silence terrifiant s’installe. Malade ? Je reste figé, incrédule, tandis que mes yeux cherchent désespérément des réponses dans les tiens. Et là, tu prononces trois mots qui démolissent mon monde en une fraction de seconde :
— J'ai une leucémie.
Tout s’écroule. Mes certitudes se brisent sous le poids de cette révélation. Comment est-ce possible ? Non… Non ! Je refuse d'y croire. Ces derniers temps, j’avais remarqué que tu semblais plus fatiguée, moins énergique… Mais entendre ces mots de ta bouche rend tout réel, tout tangible. La douleur surgit comme un torrent et ne cesse de s’amplifier.
Le déni m’étreint pour tenter d’atténuer l’impact. Mais il ne peut durer éternellement.
Je fronce les sourcils sous l’assaut des émotions ; mes larmes montent irrésistiblement. Cela fait une éternité que je n’ai pas pleuré et pourtant, tout déborde maintenant :
— Non… Non ! Tu es belle, jeune… parfaite…
— Landon…
Mes larmes coulent librement sur mon visage maintenant trempé par l’effondrement intérieur. Rien ne peut finir ainsi… J’ai besoin de toi. Nous avions toute la vie devant nous ! Pourquoi ce malheur ? Pourquoi la vie est-elle si cruelle ? Pourquoi nous refuse-t-elle simplement le droit d’être heureux?