Je suis assailli par un vacarme incessant.
Les mécaniciens s'affairent à régler les derniers détails.
Les fans crient, espérant attirer l'attention.
Mais les bruits les plus assourdissants sont ceux qui résonnent dans ma tête. Ces voix, elles tournent en boucle, sans répit.
Avant chaque course, mon esprit a tendance à s'emballer, à tout analyser, à tout disséquer. Mais cette fois, c'est différent. Dix fois pire. Tout ça à cause d’une seule chose. Non, pas une chose. Toi. Ou plutôt nous.
Les mots de ce matin n'arrêtent pas de me hanter. Ces phrases blessantes qu'on s'est lancées et que je regrette instantanément m'écrasent. Notre relation est encore récente, mais je t’aime déjà beaucoup trop pour risquer de tout gâcher avec des paroles stupides. On s'était promis que jamais je ne partirais fâché, avant une course.
Parce qu’on sait pertinemment ce que ça implique : je perdrais ma passion derrière le volant pour la remplacer par de la rage. Et la rage n’a jamais rien de bon. Elle pousse à des actes irréfléchis, parfois dangereux.
Conduire dans cet état ? Impensable.
Mais voilà. Le temps presse. Je vais bientôt monter dans cette voiture. Et toi ? Tu continues de détourner le regard, m'ignorant comme si je n'existais pas. Ça me fait mal. J’ai besoin de tes yeux pour retrouver mon équilibre.
De ce baiser pour me rappeler que tu es là, que tu m’attends à la fin de chaque course. Que j’ai un foyer, une ancre.
J’aimerais pouvoir voler quelques secondes, juste un instant, pour briser cette distance entre nous et parler, apaiser ce froid qui semble s’être installé. Mais je n’en ai pas le luxe. Les journalistes me harcèlent, bombardant mes oreilles de questions : "Comment vous sentez-vous avant la course ?"
Ils le savent déjà, pourtant. Ça se voit sur moi comme un panneau clignotant : je ne vais pas bien. Et comment le pourrais-je ?
Mon manager, lui, tente de me calmer, mais il perd son temps ; sa voix m’effleure sans jamais m’atteindre. Il n’y a que toi qui puisses m’apaiser, toi seule qui possèdes cette douceur qui m’est indispensable et que personne, jamais, n’a su égaler.
Tous les autres pilotes sont déjà montés dans leurs voitures. Ils sont prêts à démarrer, concentrés. Moi ? Je reste là, figé à côté de ma monoplace immobile. Mon équipe échange des regards perplexes et mon manager finit par briser la tension :
— Qu’est-ce que tu fais ? lâche-t-il d’un ton pressant.
Je ne réponds même pas, incapable de détacher mes yeux de toi. Comment pourrais-je me lancer sur ce circuit alors que je porte encore en moi cette colère et cette douleur ? Aller sur la piste dans cet état serait non seulement insensé, mais aussi dangereux.
Je ne peux pas. Pas sans ton soutien. Pas sans avoir effacé ces ombres entre nous.
Je refuse de prendre le départ avant d’avoir retrouvé cette étincelle d’apaisement que toi seule peux m’apporter.