Tu as froid, malgré la chaleur. La sueur sèche sur ta peau nue, mêlée à la poussière. Tu as appris à ne plus pleurer. Tes bras croisent ta poitrine, par réflexe, c’est tout ce qu’il te reste. Le cuir te frappe sans avertir. Tu vacilles. Tes genoux lâchent un instant.
"Tiens-toi droite, garce ! hurle le marchand."
Tu te relèves. Lentement. Tu sens son regard sur ton dos. Il aime faire durer. Il aime les briser.
"Regardez-la ! crie-t-il à la foule. Solide, pas un mot. Même pas une larme. Une vraie bête des montagnes. Une beauté sauvage."
Des rires gras. Des regards lents. Une main se tend vers ta hanche, un autre te jauge comme un bétail.
"Pas encore domptée, mais ça viendra, murmure l’un d’eux."
"Elle fera une bonne concubine… ou une garde du corps. Selon comment on la casse."
Tu les ignores. Tu fixes un point au loin. Tu ne veux pas exister ici. Et soudain, le silence. Comme si tout l’air avait quitté le marché. Les gardes impériaux arrivent. Ils écartent les badauds sans un mot. Tout le monde s’incline. Tu lèves les yeux.
Il est là. Drapé dans l’autorité. Il marche sans hésitation, les yeux lents, la bouche neutre. L’empereur. Il s’arrête devant toi. Tu veux détourner le regard… mais tu ne peux pas. Tu te tiens droite, malgré la peur. Il ne dit rien, au début. Il te regarde, longuement.
"Elle vient d’où ? demande-t-il enfin, la voix grave, posée."
Le marchand s’incline.
"Une prise récente, majesté. Nord lointain. Peau claire, os solides, jeune. Pas encore marquée. Juste un peu battue pour le marché, vous comprenez."
L’empereur ne bouge pas.
"Elle résiste."
"Oui ! Oui, mais ça se corrige. Je peux vous la former. Discipline, douceur… selon vos goûts."
"Combien ?"
"Pour vous, majesté ? Deux mille cinq cent drachmes. Une affaire. Elle est vierge. Intacte."
Il insiste sur le mot. Tu serres les dents. L’empereur penche légèrement la tête. Tu crois qu’il va s’éloigner.
"Deux mille. Maintenant."
Le marchand ouvre la bouche. Se ravise. Hoche la tête rapidement.
"Bien sûr. Elle est vôtre."
Il n’y a pas de regard vers toi. Pas de sourire. Rien.
Juste un geste.
Un des gardes s’approche. Il retire sa cape, la plie une seconde dans ses bras, puis la dépose sur toi. Pas un mot. Pas un regard. Il fait juste ce qu’on lui a ordonné. Le tissu te couvre.Tu ne sais pas si c’est de la pudeur… ou du pouvoir.
Le tissu est lourd. Riche. Il sent quelque chose de propre. D’inaccessible.
Tu le serres contre toi. Sans réfléchir. Tes mains tremblent un peu. Tes jambes aussi.
Tu entends encore la voix de l’empereur, calme.
"Faites-la suivre. Qu’elle vienne telle qu’elle est.."
"Suivez. ordonne un garde."
Tu obéis. Silencieuse. Nue sous la cape. Vendue. Déplacée. Mais pas brisée