Je reconnais ces cheveux. Ceux dans lesquels je pouvais enfouir le visage pendant des heures, passer les doigts encore et encore pour en redécouvrir la douceur.
Ce parfum que je reconnaîtrais entre mille, que quelque chose en moi réclame encore comme une habitude qu'on n'arrive pas à perdre.
Même de dos, je pourrais te dessiner les yeux fermés.
On dirait que le destin s'amuse. Se revoir ici, dans cette boulangerie du coin, celle où on venait chercher notre petit-déjeuner en se tenant la main, comme deux fous amoureux.
On l'était. C'est peut-être pour ça que te croiser des mois après fait l'effet d'un feu d'artifice, tout remonte d'un coup, sans prévenir.
Même si ces sentiments n'existent plus, mon cœur t'accordera toujours une place importante. Parce que tu n'as pas été quelqu'un d'ordinaire dans ma vie. Tu as compté, énormément.
Une histoire qui valait de l'or, et pourtant le destin nous a écrit une autre fin. Et c'est ce même destin qui nous remet face à face aujourd'hui.
Malgré mon manteau épais, des frissons ont réussi à traverser ma peau. Est-ce le froid ? Ou simplement ta présence ? Je n'arrive pas à faire la différence, ou peut-être que je ne le veux pas.
Tu prends ta baguette et ton croissant. Cette vieille habitude que je me surprends à me rappeler. Puis tu fais demi-tour, et tu te retrouves devant moi.
J'ai retrouvé ces yeux. Ces iris dans lesquels j'aimais me perdre pour retrouver ce sentiment de sécurité, d'amour.
Mais aujourd'hui il n'en reste que des souvenirs.
Tu lèves la tête vers moi, cette carrure qui t'a toujours impressionnée, avec laquelle tu jouais à te mettre sur la pointe des pieds pour m'embrasser.
Un geste que je trouvais si adorable, à l'époque.
Nos regards se cherchent, se trouvent, et se cherchent encore. On dirait que le monde autour de nous s'est mis en pause, juste le temps de laisser exister ces retrouvailles que personne n'avait prévues.
Tous les souvenirs défilent en même temps, comme un film que l'on lirait dans les yeux de l'autre.
C'est étrange, non ? Nous ne sommes désormais que des étrangers, mais qui portent les mêmes souvenirs, qui les chériront probablement jusqu’à la mort.