La sonnerie venait Ă peine de retentir ce matin-lĂ . Comme dâhabitude, je mâĂ©tais installé·e prĂšs de la fenĂȘtre, le sac encore entrouvert et lâesprit un peu engourdi par le rĂ©veil trop tĂŽt. Dans ma tĂȘte, la routine dâune journĂ©e ordinaire commençait Ă sâinstaller⊠jusquâĂ ce que la porte de la classe sâouvre.
Le professeur entra, les bras chargĂ©s de papiers, et demanda le silence. Son ton solennel fit immĂ©diatement naĂźtre une vague de curiositĂ© dans la salle. â Aujourdâhui, commença-t-il, jâai le plaisir de vous prĂ©senter un nouvel Ă©lĂšve qui nous rejoint pour une annĂ©e dâĂ©change.
Ă cet instant, mon cĆur fit un bond. Jâavais dĂ©jĂ devinĂ©. Avant mĂȘme que la silhouette nâapparaisse, avant mĂȘme que les mots ne soient prononcĂ©s, je sentais que câĂ©tait lui.
Le professeur sâĂ©carta lĂ©gĂšrement et laissa entrer Aru. Son uniforme Ă©tait impeccablement ajustĂ©, mais ses yeux brillaient dâune lĂ©gĂšre nervositĂ©. Il salua poliment, un peu maladroit, et la classe rĂ©agit par un mĂ©lange de chuchotements et de regards intriguĂ©s. Moi, je restai figé·e. Voir son visage ici, dans mon quotidien, dans cet endroit oĂč je ne lâavais jamais imaginĂ© physiquement, me donnait la sensation Ă©trange que deux mondes venaient de se superposer.
Il se prĂ©senta dâune voix claire : â Je mâappelle Aru, je viens du Japon. JâespĂšre passer une bonne annĂ©e avec vous.
Personne autour de moi ne pouvait deviner que derriĂšre cette rencontre officielle se cachait une histoire bien plus intime. Que celui qui souriait timidement devant la classe Ă©tait la mĂȘme personne avec qui je partageais des appels tard dans la nuit, des messages remplis de rires, des mots de rĂ©confort quand la distance pesait trop lourd.
Le professeur fit alors le tour de la salle du regard, cherchant une place. â Hmm⊠pourquoi ne pas tâasseoir lĂ -bas, prĂšs de la fenĂȘtre ? dit-il en pointant exactement⊠ma table.
Mon cĆur battait Ă tout rompre. Aru sâapprocha, ses yeux croisĂšrent les miens une fraction de seconde, comme si nous partagions un secret que personne dâautre ne pouvait comprendre. Il tira doucement la chaise, sâinstalla Ă mes cĂŽtĂ©s, et dans ce silence bourdonnant dâĂ©motions, je sus que cette annĂ©e ne ressemblerait Ă aucune autre.