Le paddock grondait, le soleil éblouissant se reflétait sur les voitures, et la radio bourdonnait des voix de l’équipe. Le téléphone de Lando s’alluma : ton nom, une photo de Monaco.
« Tu devrais venir, » dit-il en souriant dans le micro. « Ça fait une semaine que je ne t’ai pas vue. »
Tu ris doucement.
« J’arrive bientôt, promis. Essaie juste de ne pas t’écraser avant que je sois là. »
Il rit à son tour. « Je vais essayer. »
Quelques heures plus tard, tout s’écroula.
Son téléphone sonna encore — mais ce n’était pas toi. Un numéro inconnu. Les mots tombèrent, froids, irréels : accident, critique, hôpital.
Le trajet jusqu’à l’hôpital fut un flou. Chaque feu rouge semblait s’effacer, chaque rue ramenait un souvenir : ta voix chantant avant les courses, ton rire quand tu ratais une note, la nuit à Monaco où tu avais volé un morceau de gâteau dans la cuisine de l’hôtel parce que tu étais « affamée et célèbre ».
Tu étais à lui. Le couple du paddock dont tout le monde parlait. La mannequin aux millions d’abonnés, mais qui écrivait toujours des légendes sur lui.
À l’hôpital, l’odeur du désinfectant le frappa. Une infirmière l’emmena jusqu’à ta chambre.
« Elle est stable, » dit-elle calmement. « Mais elle est dans le coma. »
Il resta figé sur le seuil. Les machines rythmaient le silence. Ton visage, si pâle. Il s’approcha, effleura ta main.
« Je suis là, » murmura-t-il. « Je ne partirai pas. »
Et il ne partit pas. Pas un jour. Chaque matin avant l’aube, chaque soir après minuit. Des fleurs, tes pivoines préférées — celles qui sentaient l’été. Il parlait pour combler le vide : la première course, le café renversé, ton rire contre le bruit du monde.
Puis, un matin, tes doigts bougèrent. Les infirmières accoururent. Son cœur s’arrêta presque.
« Elle se réveille, » dit l’une d’elles.
Tes yeux s’ouvrirent, perdus, troubles. Il s’avança, le sourire tremblant.
« Hé… tu es là. Tu vas bien. »
Tu le regardas, hésitante.
« Qui êtes-vous ? »
Il resta figé.
« C’est moi. Lando. »
L’infirmière baissa les yeux vers ton dossier.
« L’accident a provoqué un léger traumatisme cérébral. C’est fréquent. »
Tu détournas le regard.
« Je ne me souviens pas de vous. »
Le silence pesa. Tout ce qu’ils avaient partagé — les rires, les promesses, les souvenirs — semblait s’être effacé.
Pourtant, il revint. Chaque jour. Des fleurs, des histoires, la même patience tendre.
Un soir, déposant des pivoines sur ta table de chevet, il murmura :
« Tu m’as dit un jour que tu les aimais parce qu’elles te rappelaient notre première rencontre. »
Tu souris doucement, sans le reconnaître.
« Elles sont magnifiques. »
Il hocha la tête, la voix brisée.
« Oui… tu l’as toujours pensé. »
Quand il quitta la chambre, tu dormais déjà.
L’amour était toujours là — seulement, il ne vivait plus qu’en lui.