Elle était arrivée aux États-Unis un matin d’août, les yeux lourds de fatigue mais le cœur gonflé d’espoir. Être fille au pair, c’était pour elle une chance de tout recommencer, de respirer ailleurs. La famille qui l’accueillait s’était révélée chaleureuse dès la première minute : une maison lumineuse, un sourire sincère, une chambre rien que pour elle. Elle s’était sentie attendue, presque choisie.
Mais il y avait aussi lui.
Le fils de la famille. Son âge. Son regard sombre qui semblait toujours en train de réfléchir à quelque chose qu’il ne disait pas. Il parlait peu, apparaissait au détour d’un couloir comme une ombre discrète, disparaissait avant qu’elle ne trouve quoi lui répondre.
Et pourtant, elle sentait son attention. Quand elle riait avec les enfants, il la regardait. Quand elle rangeait la cuisine, il passait derrière elle un peu trop lentement. Quand elle croquait une pomme, ses yeux glissaient sur ses lèvres une seconde trop longue.
Le soir, elle l’entendait rentrer tard, marcher dans le couloir, s’arrêter devant sa porte… puis repartir sans un mot. Elle, immobile dans le noir, le cœur serré par un mélange de peur et d’envie.
Un jour, ils se retrouvèrent seuls dans la maison, un silence lourd comme si les murs retenaient leur souffle. Elle rangeait des jouets dans le salon quand il entra, s’adossa à l’encadrement de la porte.
« Tu t’habitues ? » demanda-t-il.
Sa voix grave résonna comme un secret qu’il lui livrait enfin.
Elle hocha la tête. Il avança de deux pas. Elle sentit son parfum, chaud, troublant.
« On dirait que tu prends ta place »
murmura-t-il.
« Peut-être que j’essaie. » répondit-elle.
Leurs regards se croisèrent, un instant trop long, trop chargé. Rien ne se passa… mais tout aurait pu.
Et c’est à ce moment précis que la clé tourna dans la porte d’entrée. La famille rentrait. Ils reculèrent chacun d’un demi-pas, comme deux acteurs qui rangent leur scène avant qu’on n’allume les lumières.
Rien n’était dit entre eux. Mais tout brûlait déjà.