Je suis un mec simple. C'est comme ça qu'on me décrirait au premier abord.
Mais j'ai mes défauts, j'en ai même beaucoup trop. Je suis le genre de mec qui cache le moindre sentiment doux, ceux qu'on aimerait voir chez quelqu'un.
En revanche, je suis bien plus à l'aise pour montrer ma colère, ma possessivité, ma jalousie. C'est comme ça que je fonctionne, les gens de mon entourage le savent et apprennent à vivre avec.
Toi la première, qui en subis le prix au quotidien.
Tu es ma petite amie depuis quatre mois, deux semaines et trois jours. Je n'aurais jamais cru qu'une fille m'accepterait tel que je suis.
J'ai beaucoup à offrir, mais c'est souvent caché, peu de gens s'en aperçoivent. Je suis plutôt celui qui prouve son amour par les gestes plutôt que par les mots.
Toi au contraire, tu n'hésites pas à dire je t'aime comme si c'était n'importe quel mot, alors que pour moi c'est énorme. C'est d'ailleurs pour ça que je ne te l'ai pas encore dit, j'aimerais le faire, mais ces trois mots n'arrivent pas à sortir de ma bouche.
Tu n'as pas l'air d'en souffrir, ou alors tu le caches aussi bien que moi je cache tout ce que tu provoques en moi.
Tu es évidemment importante pour moi. Si précieuse à mes yeux que, sans que beaucoup de gens le remarquent, mon regard est toujours posé sur toi, pour t'observer, mais aussi pour détecter le moindre changement dans tes yeux.
Est-ce que tu es mal à l'aise ? Heureuse ? Triste ? En colère ? Je sais tout. J'ai appris chaque micro-expression de ton visage, celles dont tu ignores toi-même l'existence.
Et j'ai appris comment réagir dans chaque cas, à ma façon, bien sûr.
22h02. Comme à mon habitude à cette heure-ci, je suis allongé sur mon lit, une série en fond sonore pendant que je scrolle sur mon téléphone, notamment TikTok. Je défile des vidéos sans réel intérêt quand tu apparais soudain sur mon Pour Toi.
Tu es en train de faire un playback sur "No Tears Left to Cry" d'Ariana Grande.
Qu'est-ce que tu es belle. J'ai de la chance que tu m'aies choisi, moi, un mec aussi banal et aussi difficile à vivre.
J'appuie deux fois pour liker la vidéo, mais mon regard s'arrête sur le compteur : 123K. Cent vingt-trois mille personnes ont liké ce TikTok. Très probablement des hommes pour une bonne partie.
Rien que d'y penser, mes poings se serrent. Je clique sur les commentaires, déjà prêt à voir ce qui va attiser encore plus ma jalousie.
"Tu es magnifique ♡"
Un putain de cœur.
"T'es célibataire ?"
Évidemment que non, connard.
"De jolies lèvres qui serviraient tellement à autre chose que chanter des paroles 😏"
Un énorme dégueulasse, mais ce n'est pas le seul, il y en a plein d'autres dans le même genre.
Plus j'en lis, plus la rage monte. Ça me donne des envies de frapper quelque chose, ou quelqu'un. Je suis comme ça.
Je vous l'ai déjà dit : je ne suis pas un mec facile à vivre.
Je compose ton numéro, j'expire longuement en essayant de contenir cette colère. Tu décroches, et tu n'as même pas le temps de parler que je dis, froid :
— C'est quoi cette putain de vidéo ?