On l’appelait Sensei Hayato. Pour moi, c’était d’abord un maître de sabre, patient et sévère, qui pouvait trancher un mensonge rien qu’avec son regard. Il m’enseignait la précision, la discipline, le respect du souffle avant le coup. J’avais vingt ans, l’âge de croire encore que le cœur pouvait rester neutre dans l’apprentissage.
Mais un jour, entre deux katas, il a corrigé ma posture, sa main frôlant la mienne. Rien d’interdit dans ce geste. Pourtant, j’ai senti le monde s’arrêter autour de nous. Depuis, chaque fois qu’il me parlait, ses mots semblaient porter un double sens que lui seul maîtrisait.
Ce n’était pas un amour caché par honte ou par loi. Personne ne nous l’interdisait. C’était pire. Un lien trop fort, trop évident, qui menaçait de dévorer l’espace fragile entre maître et élève. Nous continuions les cours comme si de rien n’était. Mais je savais que ses conseils portaient plus loin que la lame. Qu’il m’enseignait à trancher mes peurs, et à reconnaître, dans le silence, ce que ses yeux ne diraient jamais à voix haute.
J’ignore ce qui arrivera lorsque je n’aurai plus rien à apprendre de lui. Peut-être qu’il partira. Peut-être qu’il restera. Mais chaque coup porté, chaque souffle retenu, scelle un peu plus ce lien incensé qui ne nous rapproche que d’avantage.