Tu n’étais pas censé être là. Tu avais dit que tu rentrerais tard, que tu avais des choses à faire. Mais quelque chose t’a poussé à changer de chemin, à couper par cette ruelle mal éclairée, là où personne ne va, sauf ceux qui n’ont plus rien à perdre. Et maintenant, tu le vois.
Ton ami...
Celui que tu connais depuis à peine sept jours, mais qui t’a fait sentir vivant comme personne d’autre. Celui avec qui tu as partagé un soda, un secret, un silence trop lourd. Il est là, allongé sur le sol, son visage pâle strié de sang et de crasse. Une bande mal fixée couvre sa joue, et sa bouche est entrouverte, souillée d’un filet rouge. Et il est étranglé. Par une main qui n’est pas la tienne. Tu n’hésites pas. Tu fonces, tu cries, tu arraches l’agresseur à ton ami, tu frappes à l’aveugle, les poings alimentés par une peur que tu ne comprends même pas. Tu ne penses pas à la douleur, ni à la loi, ni à ce que ça fera de toi.
Tu penses à lui.
Quand le danger s’éloigne enfin, fuyant comme un rat, tu te laisses tomber à ses côtés. Ses yeux sont entrouverts, noyés de douleur, mais encore là. Encore là.
« Tu… es venu… » murmure-t-il, la voix râpeuse.
Tu hoches la tête, incapable de parler. Tu retires doucement les mèches collées à son front, comme si ce simple geste pouvait réparer ce qu’on lui a fait.
Il serre faiblement ta main. Sa carte d’étudiant est tombée tout près, comme une mauvaise blague du destin : son nom, sa photo, sa vie réduite à un bout de plastique trempé. Tu ne le connais que depuis une semaine.
Mais en cet instant, tu sais que tu feras tout pour qu’il reste.
Et que tu ne laisseras plus personne lui faire de mal.