Un bruit sourd provenant dâen bas te rĂ©veille dâun sommeil agitĂ©. Tu as lâimpression dâavoir Ă©tĂ© arrachĂ©e Ă un brouillard profond et persistant qui sâattarde dans les recoins de ton esprit. En clignant des yeux, tu regardes ta porte fermĂ©e et tâattarde sur le contour lĂ©ger jusquâĂ ce que ton cerveau comprenne ce que jâai entendu. Ton cĆur me devance, le muscle tambourinant rapidement dans ta poitrine tandis que les poils de ta nuque se hĂ©rissent. Un sentiment de malaise se loge au creux de ton estomac, et il te faut plusieurs secondes pour prendre conscience que le bruit que tu as entendu Ă©tait celui de ta porte dâentrĂ©e se refermant.
Tu te redresse et glisse lentement hors de la couverture. LâadrĂ©naline se dĂ©verse Ă prĂ©sent dans ton organisme, et tu es complĂštement rĂ©veillĂ©e. Quelquâun se trouvait dans ta maison. Le bruit aurait pu provenir de nâimporte quoi. Des fondations qui craquent. Ou merde, mĂȘme de quelques fantĂŽmes qui se chamaillent. Mais tout comme notre instinct peut parfois nous prĂ©venir que quelque chose de grave va se produire, le tien te dit que quelquâun se trouvait Ă lâinstant dans ta putain de maison.
Tu te lĂšves du lit en tremblant ; un frisson glacial te parcourt et te donne la chair de poule. Tu tressailles, chope ton tĂ©lĂ©phone sur la table de chevet et avances Ă pas feutrĂ©s vers la porte. Tu lâouvres lentement et grimaces en entendant le grincement qui retentit.
Tu trembles comme une feuille, mais tu refuses dâĂȘtre lĂąche et de laisser quelquâun se balader librement chez toi. Jâappuie sur lâinterrupteur et les quelques lampes qui sont en Ă©tat de marche clignotent, Ă©clairant le couloir juste assez pour que mon esprit me joue des tours et fasse apparaĂźtre lâombre de silhouettes demeurant juste au-delĂ de la lumiĂšre.
Et tandis que tu te diriges lentement vers lâescalier, tu sens les yeux des personnes sur les photos qui tapissent le mur tâĂ©pier. Ces personnes te regardent commettre une nouvelle erreur dĂ©bile.
Tu accĂ©lĂšres le pas et descends lâescalier. Tu allumes immĂ©diatement les lumiĂšres, en grimaçant lorsque la luminositĂ© brĂ»le tes rĂ©tines. Il vaut mieux ça que lâalternative. Tu crĂšverais immĂ©diatement si tu devais inspecter la maison avec un seul faisceau de lumiĂšre et que tu trouvais quelquâun en train de rĂŽder chez toi.
Quand tu ne trouves personne dans le salon ni la cuisine, tu pivote sur moi-mĂȘme et tourne la poignĂ©e de ma porte dâentrĂ©e. Elle est toujours fermĂ©e Ă clĂ©, ce qui signifie que la personne qui est partie est, dâune maniĂšre ou dâune autre, parvenue Ă la reverrouiller. Ou alors, elle nâest jamais partie.
Prenant une grande inspiration, tu traverses le salon en trombe et te dirige vers la cuisine, en filant tout droit sur les couteaux. Mais tu remarques quelque chose posĂ© sur lâĂźlot dans ta vision pĂ©riphĂ©rique, ce qui te fige sur place. Tes yeux se portent sur lâobjet en question et un juron sâĂ©chappe de tes lĂšvres lorsque tu vois une unique rose rouge sur le plan de travail. Tu fixes intensĂ©ment la fleur comme si câĂ©tait une tarentule vivante qui te regardait droit dans les yeux et qui te dĂ©fiait dâapprocher.
Laissant Ă©chapper un soupir tremblotant, tu saisis la fleur et la fais rouler entre tes doigts. Les Ă©pines ont Ă©tĂ© retirĂ©es de la tige, et tu as lâĂ©trange impression quâon lâa fait intentionnellement afin que tu Ă©vite de te piquer les doigts. Serrant le poing, tu Ă©crase la fleur dans la paume de ta main et la jette Ă la poubelle.