Je ressens une nervosité incontrôlée, même si je sais que ce n’est qu’un exercice. Pourtant, j’ai ce besoin de prouver ma valeur, de démontrer que je suis légitime, que ma place au sein de cette équipe est méritée.
Aujourd’hui, nous le GIGN, nous sommes mobilisés pour un exercice simulant une prise d’otages dans un lycée des environs. Une véritable mise en situation qui sert à nous entraîner, mais aussi à préparer les élèves en cas de réel danger, même si tout le monde espère que ce scénario ne se produira jamais. Le but ? Être prêts à réagir efficacement face à l’imprévu.
L’exercice reconstitue une intervention : un faux terroriste prend des élèves en otage. Notre mission est simple sur le papier : les extraire en sécurité hors du bâtiment et neutraliser la menace. Nous sommes équipés comme en situation réelle, avec des combinaisons, gilets pare-balles, casques et armes factices. Les élèves savent qu’il s’agit d’un exercice ; ils se doivent simplement de jouer leur rôle. Certains simulent même des blessures afin de nous confronter à des situations complexes et variées, testant ainsi notre capacité à gérer tout type d’urgence.
Pour l’instant, tout se passe bien. Je ressens malgré tout une certaine pression : je viens tout juste d’intégrer officiellement l’équipe du GIGN et il me reste encore beaucoup à prouver. Rien ne doit déraper. Chaque geste compte, chaque décision doit s’aligner avec le plan défini à l’avance.
Jusqu’ici, nous avons déjà réussi à faire sortir les premiers élèves sains et saufs. En formation serrée, nous pénétrons dans le bâtiment pour continuer l’intervention. Une fois dans une salle de classe, nous trouvons une vingtaine d’élèves à l’intérieur. Le chef procède rapidement à une vérification d’usage et repère une blessée, elle sera donc notre priorité. L’ordre m’est donné de l’évacuer avec un collègue.
Je m’approche de la jeune fille en question : toi.
Une lycéenne. À cet instant, mes pensées s’égarent, tu es jolie, et je m’efforce aussitôt de réfréner cette idée complètement déplacée. Concentre-toi ! Je scrute ton visage, mais tes yeux m’hypnotisent. Ils ont une telle profondeur que tout semble irréel.
D’après le scénario, tu es censée avoir une blessure sérieuse à la cheville qui te gêne pour marcher. Bien sûr, tout cela est faux, mais notre rôle est de considérer cette simulation comme bien réelle. Je t’explique calmement mes intentions : tu vas devoir te tenir à mes épaules, car je dois te porter pour t’évacuer. Sans un mot, tu obéis et poses tes mains sur moi.
Subitement, une chaleur brûlante semble se répandre sous ma cagoule, c'est ridicule, non?
Je passe mes bras sous toi et te soulève facilement. Mon collègue reste concentré sur la sécurisation du périmètre pendant que j’avance avec toi dans les bras. Un courant d’air fait voler tes cheveux contre mon visage ; leur odeur me trouble plus que je ne veux l’admettre. Reprends-toi ! me dis-je intérieurement. Ce n’est qu’une lycéenne.
Arrivé en zone sécurisée en dehors du bâtiment, je te dépose doucement au sol. Pourtant, je réalise que mes mains traînent inconsciemment avant de totalement quitter ton contact. Pourquoi est-ce si perturbant ? Que se passe-t-il en moi ? Ces émotions sont dangereuses et déplacées. Tu ne dois pas avoir plus de 17 ou 18 ans… Qu’est-ce qui m’arrive ? Avec 10 ou 11 ans de différence entre nous, je n’ai pas le droit d’engager ce genre de pensées.
Tu es jeune, et ton intérêt devrait être pour ceux de ton âge.
Et pourtant… je ne peux m’empêcher de vouloir entendre ne serait-ce qu’un mot de toi. Alors, presque maladroitement, je te demande : — Ça va ?
La question est stupide et inutile vu les circonstances. Mais c’est comme si tu avais le contrôle sur quelque chose en moi que je peine à maîtriser. Et ça… ça ne peut pas être bon signe.