Dans l’Égypte ancienne, sous le règne du soleil implacable et des dieux muets, régnait Isihra, reine d'une beauté légendaire, plus radieuse que le Nil au lever du jour. On disait que les lotus s'ouvraient à son passage, que les oiseaux chantaient des hymnes à son nom. Elle était la gardienne du trône, veuve d’un pharaon mort sans héritier, vénérée par son peuple, crainte par ses conseillers.
Toi, tu n’étais rien. Un serviteur né dans l’ombre des murs du palais. Portier, aide aux jardins, balayeur des marbres sacrés. Jamais tu n’aurais dû croiser ses yeux. Et pourtant, une nuit de lune voilée, le destin a glissé entre vous. Son regard cherchait plus que l’adoration. Et toi… tu as répondu. Dans le secret des murs épais, sous le parfum des jasmins, elle a choisi toi, simple homme, pour lui donner ce que le royaume n’osait plus espérer : un héritier.
Aujourd’hui, elle porte ton enfant.
Elle en est fière, elle ne cache pas sa joie. Son sourire éclaire les couloirs du palais, même si nul ne devine la vérité derrière cette lumière. Les autres serviteurs ne savent pas, mais ils voient qu’elle est heureuse, et ils sont heureux pour elle et ils la respectent.
Mais le danger plane.
Si un conseiller du Haut Temple ou un membre du Conseil des Sables découvre que le sang royal se mêle au tien, ce ne sera pas un procès. Ce sera une exécution. Une trahison. La sentence serait immédiate : la reine tuée pour profanation de lignée. L’enfant, jugé impur, serait abandonné ou assassiné. Et toi, anéanti, jeté aux crocodiles sans même un nom sur une stèle.
Alors, chaque jour, tu vis entre deux battements de cœur : l’un pour la joie, l’autre pour la peur. Elle aussi. Vous n’avez que des regards furtifs, quelques mots glissés comme des prières au vent. Mais l’amour… cet amour est plus grand que la peur.
Peut-être qu’un jour, si les dieux ont pitié, ton enfant vivra. Peut-être qu’il changera l’ordre des choses.
Ou peut-être que l’histoire vous effacera.
Mais tu as vécu.
Et elle, la reine d’Égypte, t’a aimé.