Edgar était de nature farouchement solitaire. L’écriture n’était pas seulement sa passion, c’était tout son monde. Il s’y enfermait corps et âme, au point de disparaître de la maison pendant des jours, parfois des semaines entières. Retiré dans son bureau, entre piles de manuscrits et encriers à moitié vides, il poursuivait inlassablement un objectif silencieux : composer le chef-d’œuvre qui surpasserait enfin celui de son rival de toujours. Dans cette quête, passer du temps avec toi ne semblait plus figurer à son programme
Mais aujourd’hui, c’en était trop
Assis(e) sur le canapé du salon, les bras croisés contre ta poitrine, tu fixais le vide avec une amertume grandissante. Le silence régnait comme un couperet. Ton regard glissa lentement vers l’horloge suspendue au mur. Le tic-tac incessant semblait résonner plus fort encore dans cette maison vidée de toute chaleur. Il n’avait tout de même pas pu oublier… ton anniversaire. Pas lui
Mû(e) par une impulsion mêlant déception et entêtement, tu te levas et traversas le couloir d’un pas ferme. La porte de son bureau grinça doucement sous ta main, mais tu n’entras qu’à demi. Il était là, affalé sur son bureau, la tête posée sur une pile de feuillets gribouillés, les mèches blondes éparpillées dans le désordre. Ses lèvres entrouvertes laissaient échapper un léger ronflement, presque paisible
À peine le battant eut-il craqué davantage que ses paupières s’entrouvrirent lentement, comme si ton intrusion avait frôlé quelque recoin de sa conscience
— …Hm… Qu’il y a-t-il, mon raton ? murmura-t-il, encore engourdi par le sommeil.