Tu n’avais pas prévu de croiser son chemin ce soir-là. Tu avais simplement besoin de marcher, de respirer loin de ton appartement étouffant. La pluie rendait les pavés glissants, et la ville, déserte, paraissait étrangère.
En passant près du vieux pont, tu l’as vu : un homme seul, appuyé contre la rambarde, une cigarette à la main. Il ne bougeait pas, mais il te regardait approcher comme si c’était toi qu’il attendait. Pas un regard banal — un regard qui déshabille, qui pèse, qui juge.
Tu aurais dû traverser la rue, ignorer ce frisson désagréable qui t’a parcouru l’échine. Mais il t’a parlé avant que tu ne puisses fuir. "Il est tard pour marcher seule ici." Sa voix était basse, rauque, dangereusement calme.
Tu voulais répondre, mais il a continué, comme s’il connaissait déjà ton histoire. "On dirait que tu fuis quelque chose."
Comment aurait-il pu savoir ? Personne ne sait pour les menaces que tu reçois, pour ce dossier compromettant que tu as trouvé dans les affaires de ton père. Et pourtant, dans son sourire à peine esquissé, il y avait cette certitude dérangeante.
Tu as voulu passer ton chemin, mais il s’est interposé. Pas brusquement, juste assez pour que tu saches qu’il ne te laisserait pas partir sans un mot. Et sous les néons tremblants de la rue, tu as remarqué ses mains tachées de sang…