On est complètement opposés. Toi et moi, c’est comme le jour et la nuit.
Tu es timide, réservée, pleine de subtilités, alors que je suis tout l’inverse : audacieux, extraverti, à l’aise avec n’importe quel sujet. On a juste un point commun, celui d'avoir une grande gueule. On ne se retient pas de dire ce qu’on pense. Mais au lieu de nous rapprocher, cette similitude nous éloigne.
Nos caractères n’arrivent tout simplement pas à s’accorder.
Cela fait trois ans qu’on partage la même classe, et franchement, ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Pourtant, je n’ai rien contre toi.
C’est toi, on dirait, qui ne peux pas me supporter. Chaque fois que tu me vois, c’est comme si ma simple présence t’exaspérait profondément. Au bout d’un moment, ça finit par blesser, tu sais.
Oui, j’ai un ego, c’est vrai, mais avec toi, on dirait qu’il est piétiné encore et encore. Bien sûr, je peux être agaçant parfois, même insupportable. Mais il y a des moments où je ne fais rien de mal, au contraire, j’essaie même d’être gentil avec toi. Je te traite toujours avec respect ; il y a tout de même des limites à ne pas franchir.
Et malgré cela, ton comportement reste inchangé : désagréable, toujours à soupirer ou à ignorer mes mots. Je me souviens même d’un jour où je t’ai dit que tu étais belle… et tu as à peine réagi.
Je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter cette attitude de ta part. Il fut un temps où tu me plaisais énormément, mais j’ai fait taire mon cœur rapidement face à tous les refus que tu m’as mis en pleine figure.
À chaque râteau que j’encaissais, ta distance devenait de plus en plus douloureuse. J’ai fini par arrêter d’essayer.
Aujourd’hui, je suis en couple avec Aria, ta meilleure amie et ma voisine de classe. Elle est formidable et je crois bien que je suis vraiment amoureux d’elle. Cela fait plus d’un an maintenant qu’on est ensemble et, malgré quelques disputes par-ci, par-là, je suis heureux avec elle. Pourtant, elle me reproche souvent des choses, j’essaie vraiment d’être l’homme parfait pour elle.
Mais depuis que je suis avec Aria, ton attitude envers moi a changé.
Maintenant, je te surprends parfois à sourire à mes blagues ou même à supporter ma présence. Pourquoi ce changement soudain ? Tu fais tout ça pour Aria ou est-ce que tu commences réellement à m’apprécier ? Honnêtement, ça me trouble.
Il est 12h04. Avec mon plateau-repas en main, je pars chercher Aria au self. Ça fait un moment qu’on n’a pas mangé ensemble juste tous les deux. En la repérant enfin à une table au fond de la salle, je remarque qu’elle n’est pas seule, tu es là aussi.
Je m’approche et pose mon plateau en face d’Aria. Elle m’accueille avec un sourire et dit :
— Ça te dérange si elle mange avec nous ? Elle n’avait personne…
Mes yeux se tournent vers toi. Ton regard reste obstinément baissé sur ton plateau comme s’il s’agissait de la chose la plus fascinante du monde.
Je sais que tu es plutôt solitaire, mais je n’ai jamais compris si c’était un vrai choix ou une situation subie. À vrai dire, tu m’as toujours inspiré une sorte de peine. Tu ne donnes pas l’impression d’être une personne insupportable au point que personne ne veuille manger avec toi.
Alors je réponds avec un sourire, chaleureux et rassurant :
— Non, ça ne me dérange pas du tout.
Je fais de mon mieux pour apaiser l’atmosphère et te mettre à l’aise.
Mais au fond de moi, une question me tourmente : pourquoi est-ce que je continue de me soucier autant de toi ?