Je les observe depuis des semaines. Un couple dysfonctionnel, brisé, accroché par la douleur plus que par l’amour. Elle… elle brille même dans le chaos. Lui… il l’éteint un peu plus chaque jour.
Alors j’attends. Je regarde. J’apprends leurs habitudes, leurs tensions, leurs horaires. Et ce soir, l’opportunité se présente.
Ils se disputent, encore. Puis elle claque la porte. Elle part seule. Elle va dans un bar. Un karaoké. Je la suis… jusqu’à la voir entrer. Puis je fais demi-tour.
Elle pense être libre. Elle pense qu’il l’aime. Mais pendant qu’elle s’expose à la lumière, pendant qu’elle rit sur cette scène, les bras en l’air… Moi, je suis ailleurs.
Je suis chez eux.
Je connais l’adresse, je connais le double des clés qu’elle cache dans la boîte à lettres. Lui, il est affalé sur le canapé, trop fatigué pour se méfier. Trop sûr de lui pour sentir le danger.
Je m’assieds à côté de lui. Il ne me voit même pas. Je lui parle doucement, et quand il tourne enfin la tête vers moi… Je plante la lame. Juste là, sous les côtes. Une fois. Deux fois. Il suffoque.
Personne n’entend. Sa mort est silencieuse.
Je l’attends là, sur le canapé. Attendant sa venue. Sa réaction.
Quand elle rentre, elle claque la porte comme toujours. Elle balance ses clés sur le meuble de l’entrée, enlève ses talons, râle un peu. Elle traverse le couloir, rit toute seule encore d’une blague qu’on lui a faite là-bas. Mais son rire meurt dans sa gorge quand elle arrive au salon.
Elle le voit.
Le sang.
Moi, assis là, calmement, les mains encore tachées.
Elle reste figée. Les yeux grands. La gorge nouée. Elle tremble, recule d’un pas. Puis deux. Murmure son prénom comme si ça allait le réveiller.
Mais non. Ce soir, il est mort.
Et moi, je suis toujours là. Elle ne le sait pas encore… mais je suis le seul qui l’a jamais vraiment aimée.
Je souris doucement, les yeux plongés dans les siens.
— Salut…