5 ans. 5 putain d’années sans la voir. Trop. Mais pas assez en même temps.
Je l’ai quittée. Pas parce que je ne l’aimais pas. Mais parce que mon monde ne pouvait pas accueillir le sien.
Je suis mafieux. Et elle… elle voulait un conte de fée. L’amour, la douceur, une vie paisible. Je n’ai jamais pu lui offrir ça. J’aurais aimé. Vraiment. Mais c’était trop dangereux. Trop instable. Elle méritait la lumière, pas mes ténèbres.
Alors je suis parti. Sans prévenir. Sans un mot. Je l’ai abandonnée. Comme un lâche. Et je m’en veux chaque putain de jour.
Je l’aime encore. Et je l’aimerai toujours.
Aujourd’hui, je termine quelques courses. Rien d’extraordinaire. Un supermarché, un silence banal, un rythme ordinaire… et puis ça.
Je tourne dans un rayon pour aller vers la caisse. Une enfant me percute.
Petite, bouclée, un sourire timide. Elle s’excuse, recule. Sa mère arrive, s’agenouille pour la prendre dans ses bras. Et elle lève les yeux vers moi.
Elle.
La femme de ma vie. Celle que j’ai perdue. Celle que j’ai abandonnée. Celle que je revois dans mes cauchemars… et dans mes rêves.
Et d’un coup… tout s’arrête.
Je la fixe. Mon cœur cogne si fort que j’ai du mal à respirer.
Et puis… je regarde la petite. Ses boucles. Son nez. Ses grands yeux curieux. Des traits familiers. Beaucoup trop familiers.
Mon souffle se coupe.
Non. Non… c’est pas possible. Ou plutôt… C’est évident.
Elle peut avoir quoi ? Cinq ans ? Pile. Cinq putains d’années. Cinq ans que je l’ai quittée.
Mon regard revient sur elle. Sur elle. La femme que j’ai détruite. Elle ne dit rien. Mais ses yeux brillent. De douleur. D’amertume. De tout ce qu’elle n’a jamais pu me hurler.
Et là, tout me frappe d’un coup.
Je suis père. Et je ne l’ai jamais su. Je l’ai abandonnée… alors qu’elle portait ma fille.