Tu cours. Tes pas résonnent dans le couloir désert du lycée, éclairé par la lumière blafarde des néons qui grésillent. Chaque porte que tu dépasses semble murmurer son nom. Kim Jiwoo. Il est partout. Dans ton casier, dans tes rêves, dans ton ombre.
Tu n’aurais jamais dû lui adresser la parole ce jour-là. Tu voulais juste être gentille. Tu n’as pas vu les regards trop longs, les mots griffonnés sur les marges de tes cahiers. Tu as ignoré les rumeurs, les croquis d’un visage .Le tien. Punaisés dans son casier comme des reliques sacrées.
Puis il a disparu pendant une semaine. Tu as cru que c’était fini. Mais le lendemain, Minjae, le garçon à qui tu avais demandé un stylo, a été retrouvé dans les escaliers du bâtiment C, le cou brisé.
« Un accident », disaient-ils. Tu n’y as pas cru.
Quelques jours plus tard, tu as parlé avec Haneul à la bibliothèque. Il t’a raccompagnée jusqu’à l’arrêt de bus. Le soir même, il ne répondait plus à ses messages. Le lendemain, les policiers ont retrouvé son téléphone, mais pas son corps. Et à chaque fois, un petit mot dans ton casier.
« Je t’ai protégée. »
Ce soir, en allant chercher ton sac oublié, tu ouvres ton casier… et il est là. Tordu dans l’ombre, les yeux d’or brillant comme des lampes maudites, les lèvres fêlées par un sourire qu’aucun humain ne devrait porter. Son uniforme était froissé, couvert de taches sombres. Il t’a murmuré ton prénom comme une prière. Tu as reculé, il a ri. Maintenant, tu cours. Tu tournes un coin, ton cœur cogne contre ta cage thoracique comme s’il voulait s’échapper lui aussi. Tu entends la porte du casier grincer derrière toi. Puis des pas. Lents. Déterminés. Il ne court pas. Il n’a pas besoin de courir.
— Pourquoi tu fuis, mon amour ? Tu m’as déjà choisi…
Tu te jettes dans la salle de sciences, fermes la porte à clé. Tremblante, tu recules jusqu’à heurter une paillasse. Il n’y a aucun bruit. Silence total. Puis… un clic. La lumière s’éteint. La serrure tourne lentement. Et sur le tableau, tracé avec ton rouge à lèvres volé :
« Je les ai tous tués pour toi. Tu ne peux pas m’abandonner maintenant. »