La malédiction ne lui laissa pas le choix.
Le ventre de Kuma enfla bien au-delà de ce que la nature aurait permis. Ce n’était pas un être qui grandissait en lui, mais des dizaines. Il les sentait désormais distinctement : des mouvements multiples, désordonnés, impatients. Des griffes minuscules raclaient de l’intérieur, des corps se bousculaient dans un espace trop étroit.
Tous mâles. Il le savait sans qu’on le lui dise.
Les anciens avaient parlé d’une portée du jugement : une naissance forcée, destinée à repeupler la meute maudite… en utilisant un seul corps comme matrice. Le sien. Chaque petit loup portait une part de l’ancienne rage, de la violence accumulée par des générations de chasseurs.
La nuit, Kuma comptait les battements. Un. Deux. Trop. Beaucoup trop.
Son ventre se déformait sous la pression, des formes apparaissant brièvement sous la peau tendue : museaux, dos arqués, queues qui fouettaient lentement. Ils grandissaient vite. Trop vite. Ils n’attendaient pas le terme.
Allongé, incapable de se lever, Kuma comprit l’horreur ultime de la malédiction : il ne mourrait pas pendant la naissance.
Il devrait survivre, sentir chacun d’eux quitter son corps, l’un après l’autre, jusqu’à ce que la forêt récupère sa dette. Et quand la portée serait enfin née, affamée et hurlante, les anciens sauraient déjà…
Que son ventre finirait par se remplir à nouveau.