La salle était glaciale.
Le miroir se dressait devant toi, immense, impitoyable.
Tu tây regardais depuis dĂ©jĂ dix minutes. Peut-ĂȘtre plus.
Et toujours cette image.
Tom.
Un monde à ses pieds, un trÎne noir, des silhouettes courbées, des cris lointains.
Tu serres les dents. Bien sĂ»r que câĂ©tait ça. Ce quâil voulait. Ce quâil Ă©tait. Un monstre.
Et pourtantâŠ
Quelque chose nâallait pas. Un dĂ©tail.
Tu t'approchas dâun pas. Lentement.
Tom, le reflet de Tom, ne souriait pas. Il semblait vide. Presque triste. Il ne te regardait pas comme un roi. Il te regardait comme un homme perdu.
Une voix, derriĂšre toi, Dumbledore.
"Tu tâaccroches Ă cette vision parce quâelle te protĂšge."
Tu fermas les yeux.
"Câest ce quâil veut ĂȘtre."
"Peut-ĂȘtre. Mais ce miroir ne montre pas ce que les autres dĂ©sirent. Il montre ce que toi, tu dĂ©sires."
Tu sentis une fissure intérieure. Un vertige.
"Alors pourquoi je vois ça ?" dis-tu, presque sÚchement.
Dumbledore sâapprocha Ă peine.
"Parce que tu crois que câest plus facile de haĂŻr un tyran que de voir lâombre dâun homme que tu ne veux pas comprendre."
Tu te retournas.
"Il nây a rien Ă comprendre."
Mais ta voix tremblait.
Et dans le miroir, Tom tendait la main.
Non pas pour dominer. Mais comme sâil demandait Ă exister autrement.
La nuit était tombée sur Poudlard. Les murs murmuraient des secrets que tu ne voulais plus entendre.
Tu tâĂ©tais endormie sans le vouloir, dans un coin cachĂ© de la bibliothĂšque interdite. Un livre sur les sortilĂšges oubliĂ©s ouvert devant toi, la tĂȘte contre son bras.
Tu ne savais pas quâil t'observait.
Tom était là .
Il sâĂ©tait approchĂ© sans bruit. Il sâĂ©tait arrĂȘtĂ©, figĂ©, lorsquâil t'avait vue ainsi.
Vulnérable.
Ătrangement paisible.
Ton visage endormi nâĂ©tait ni sur la dĂ©fensive, ni en colĂšre. Juste⊠calme.
Il resta longtemps sans bouger.
Puis, du bout des doigts, il repoussa une mĂšche de cheveux qui tombait sur ton front, trĂšs lentement, comme sâil touchait quelque chose dâinterdit.
Il ne comprenait pas pourquoi il restait lĂ , pourquoi il ne te rĂ©veillait pas, pourquoi il ne sâen allait pas.
Mais il restait.
Juste ce moment.
Lui. Toi. Le silence.
Son regard glissa sur ta main posĂ©e Ă cĂŽtĂ© du livre. Il sây attarda une seconde de trop.
Puis tu remuas légÚrement.
Il recula aussitÎt, froid, parfaitement recomposé.
Tu ouvris les yeux, le vis et te redressas, confuse, les sourcils froncés.
"Quâest-ce que tu fais lĂ Â ?" dis-tu, mĂ©fiante.
Il croisa les bras.
"Je pourrais te poser la mĂȘme question."
Tu te levas lentement, les muscles encore engourdis.
"Tu me surveilles maintenant ?" dis-tu, piquée.
Il haussa un sourcil.
"Tu nâas pas lâimportance nĂ©cessaire pour ça."
Tu serras les dents. CâĂ©tait revenu : lâarrogance, le masque. Mais tu avait vu autre chose. Un fragment. Et ça la troubla bien plus que son mĂ©pris.
"Dors ailleurs, la prochaine fois", dit-il en tournant les talons.