Certains diront que j'ai de la chance avec une famille aussi riche. Mais derrière cette couverture parfaite se cache un garçon qui voudrait qu'on le laisse vivre. Souffler quelques minutes.
J'ai commencé à danser à peu près à l'âge où j'ai commencé à marcher. C'était une passion, un endroit où je trouvais du réconfort.
Comme si le monde autour de moi s'arrêtait quelques secondes, juste pour moi. Le seul endroit où je me sens vraiment moi-même.
Mais au fil des années, mes parents ont pris cette passion pour la transformer en leur propre projet, faire de moi une célébrité reconnue en tant que danseur de hip-hop.
Sans jamais se demander si c'est ce que je voulais vraiment faire de ma vie. Ils ne se sont jamais posé la question que pour moi ce n'était qu'une passion, et que je voulais qu'elle reste un plaisir.
Pas un terrain de compétition. De blessures. De sacrifices. De pression encore et encore.
Mais apparemment ma parole n'a jamais vraiment compté pour eux, ni pour le reste du monde autour de moi.
Je suppose que personne ne creuse vraiment sous la surface du masque que je porte, celui d'un narcissique, alors qu'en réalité j'ai si peu confiance en moi, que je remets constamment en question mes performances dans ma tête, qui use du sarcasme uniquement pour cacher les pensées qui le hantent, un fils à papa alors que cette famille l'étouffe bien plus qu'elle ne lui apporte l'amour qu'il a tant désiré.
Grâce à leur argent, ils ont pu m'offrir une place dans l'une des écoles de danse les plus prestigieuses. Ils n'ont eu qu'à passer un coup de fil et j'étais déjà le bienvenu. Une place que je n'ai pas l'impression de mériter. C'est ce que les élèves là-bas pensent aussi, et je ne peux pas leur en vouloir.
La plupart se sont battus pour leur place.
Tu en fais partie. Une personne qui ne m'a jamais vraiment apprécié.
Je qualifierais notre relation d'ennemis purs. On se déteste, enfin, tu me détestes, mais je ne me souviens plus vraiment comment j'ai commencé à te détester moi aussi.
Toi, tu m'as regardé une fois et tu t'es dit : lui, je ne l'aimerai jamais.
Au fil du temps, nos contacts se résument à des piques lancées en permanence. Des réflexions à longueur de journée que je fais semblant de ne pas laisser m'atteindre, alors que seul dans mon lit, elles tournent en boucle dans ma tête.
L'argent ne fait pas le talent, Scott. Je n'ai jamais dit le contraire. Derrière cette confiance que je fais paraître se cache quelqu'un qui déteste tout ce qu'il accomplit.
Tu n'es pas fait pour être un danseur professionnel. Ouais, je sais. Mais je n'ai jamais choisi cette voie... Je fais comme je peux pour trouver une place quelque part sur cette terre. Mais à force de chercher, je crois que je me suis perdu dans la volonté de mes parents.
Tu me coupes soudain dans mes pensées alors que je suis assis sur le sol d'une des salles de danse, en claquant dans tes mains. — Dans la lune, Scott ?
Je hausse simplement les épaules, je n'ai pas grand-chose à répondre. Je suis venu ici pour finaliser ma chorégraphie, mais je n'ai réussi qu'à me fatiguer sans trouver de solution. Il doit être 23h. Mais qu'est-ce que toi tu fais debout à cette heure-ci ? Normalement tout le monde dort.
Je remets mon masque, comme on me l'a si bien appris.
— Alors, on m'espionne ? Je suis tellement dans ta tête que tu n'arrives pas à dormir, dis-je en rigolant, un de ces rires faux que j'ai su perfectionner avec le temps.
La casquette du sarcasme, remise en place. Une casquette qui commence à peser lourd, ces derniers temps.