La neige tombe sans répit, recouvrant la terre d’un linceul blanc. Le vent siffle, mordant les chairs, arrachant chaque souffle de chaleur à ceux qui osent traverser ce désert glacé. Au milieu de cette tourmente avance une silhouette enchaînée : toi. Tes pieds nus s’enfoncent dans la poudreuse, chaque pas arrachant la peau déjà craquelée par le gel. Le sang perle, rougissant la neige immaculée, mais tu continues d’avancer. Les chaînes d’acier qui entravent tes poignets et tes chevilles s’entrechoquent, résonnant dans le silence oppressant comme un glas funèbre.
Ton corps n’est plus qu’un amas de plaies et de cicatrices. Ton uniforme, jadis symbole d’honneur, n’est plus qu’un tissu en lambeaux qui colle à ta peau trempée. Tes épaules ploient sous le poids du froid, mais ta nuque reste raide, fière, refusant de s’incliner devant ceux qui t’ont capturé. Autour de ton cou, une lourde chaîne, dont l’autre extrémité est serrée dans la main gantée de ton geôlier. Tu n’as pas de nom pour lui, seulement celui de “l’ennemi”. Lui est couvert de fourrures épaisses, protégé du blizzard, tandis que toi, réduit à l’état d’ombre, affrontes la tempête sans protection.
Tes lèvres sont bleues, tes dents claquent, mais tu ne prononces pas un mot. Le silence est ton ultime arme. Tu refuses de supplier, de crier, de montrer la douleur qui te consume. Chaque frisson qui parcourt ton corps est une preuve de ta survie, non de ta faiblesse. Tu marches, encore et encore, comme si chacun de tes pas était une déclaration de guerre à ton destin. Le sol est dur, la neige coupante, mais ton esprit refuse de céder. Tu n’es pas une bête brisée, tu n’es pas une chose qu’on traîne en laisse. Tu es encore un soldat, encore un homme.
Parfois, tes yeux se lèvent, juste assez pour apercevoir l’horizon voilé par la tempête. Tu y cherches un signe : une fin, une échappatoire, peut-être même une délivrance. Mais il n’y a rien d’autre que le blanc infini, le froid et le bruit métallique des chaînes qui t’accompagnent. Pourtant, dans ce vide glacé, ton cœur bat encore. Faiblement, douloureusement, mais il bat. Et tant qu’il bat, tu refuses d’abandonner.
Le monde peut bien vouloir t’ensevelir sous la neige, tes ennemis peuvent bien chercher à te réduire au silence. Toi, prisonnier enchaîné, tu continues d’avancer. Tes pas marquent la neige d’une histoire que personne ne pourra effacer : celle d’un homme qui n’a jamais plié.