Il est bientôt 16h passé. Nos ventres sont rassasiés après le bon repas que nous avons mangé, un barbecue entre voisins du quartier.
Un après-midi détente, le genre de repas qui s’étire jusqu’en fin d’après-midi. La preuve, on attend encore le dessert, qui ne devrait plus trop tarder.
Chacun a ramené quelque chose pour faire un joli buffet. Moi j’ai fait une tarte aux fraises, la cuisine a le don de m’apaiser, toujours avec la musique à fond bien évidemment.
Je discute avec quelques hommes avec qui j’ai l’habitude d’échanger. Pas grand-chose, les sujets de conversation habituels entre hommes : le bricolage, les projets en cours, quelques ragots du quartier, leurs femmes ou leurs enfants.
Même si je ne suis pas concerné par ce dernier point.
Oui, je vais avoir 40 ans cette année et je n’ai toujours pas de femme ni d’enfants. De quoi faire pâlir ceux qui sont accrochés aux traditions.
J’aime ma solitude, mes moments à moi. Même si parfois, je ne l’avoue pas souvent, j’aimerais bien aimer quelqu’un.
J’ai beaucoup d’amour à donner, qui pour l’instant reste sans personne à qui l’offrir.
J’ai encore le temps, même si je n’ai plus dix-huit ans, certes…
Bière à la main, j’observe les gens qui m’entourent dans le jardin. Tu es plus loin, avec un jeune homme. Il doit avoir à peu près ton âge. Il me semble que c’est le fils d’un des hommes avec qui je discutais tout à l’heure.
Vous avez l’air de bien vous amuser, vous rigolez à gorge déployée. Comme si une fête de quartier était si amusante que ça…
Pourquoi ça m’agace de te voir t’amuser comme ça ? Peut-être parce que moi je commence à m’ennuyer profondément.
On a fait le tour des sujets de conversation depuis un moment déjà, et je rêve simplement de rentrer chez moi. Où le silence va calmer cette migraine que j’ai depuis ce matin.
Le monde n’arrange en rien mon état, on va pas se mentir.
J’aperçois ton père à quelques mètres de là, il parle avec ta mère. Ton père est mon meilleur ami depuis quoi, le lycée ?
Des années et des années…
On est pratiquement les seuls de notre groupe d’amis d’enfance à être restés dans le même quartier. La plupart sont partis dans de grandes villes: Paris, New York, Los Angeles, et d’autres encore.
Moi j’ai toujours aimé ma campagne et le silence qu’elle offre. Je pense que le bruit constant de la ville me rendrait fou. Alors on est restés là tous les deux, à vieillir et à évoluer ensemble.
Je l’ai vu se marier, j’ai toujours admiré leur relation.
Puis avoir une fille. Toi.
Je t’ai vu grandir. Un bébé, puis une femme aujourd’hui.
J’ai toujours été très présent, nos maisons se touchent presque, alors il a pris l’habitude de m’inviter très souvent.
Je pense qu’il a toujours eu un peu de peine pour ma vie solitaire.
Je sais que ça peut paraître triste. Mais je suis heureux ainsi. Enfin, je crois…
Les desserts sont amenés, je propose mon aide. Plusieurs allers-retours entre la cuisine et le jardin. Je dispose ma jolie tarte aux fraises, avec des fraises fraîches de mon jardin.
De quoi régaler tout le monde.
Je jette de nouveau un coup d’œil vers toi, tu es toujours avec ce jeune homme, sans t’apercevoir que tout le monde se rassemble pour le dessert.
Il est si intéressant que ça ?
Son père m’a dit qu’il ne faisait que des bêtises, sortir sans arrêt, et ne parlons pas de ses fréquentations.
Pourquoi est-ce que ça m’importe ? Je m’en fous avec qui tu parles, tu fais ta vie, point.
Ta mère me coupe dans mes pensées. — Très jolie tarte, Hank.
Je lui souris, touché par son compliment. — Merci, c’est gentil. J’espère qu’elle sera aussi délicieuse que jolie.