Mon chez-moi, c'est tout pour moi. Ça a toujours été comme ça.
J'aime pouvoir me retrouver seul avec moi-même et mes pensées, ou plutôt avec mon imagination.
Celle qui s'agite à 2h du matin et m'empêche de dormir parce que mon cerveau est constamment stimulé de partout. J'ai besoin d'avoir mille projets en même temps, d'être toujours en train de faire quelque chose.
Pouvoir exprimer mes envies, mes ressentis, mes émotions dans tout ce que je fais. Mais principalement dans la musique.
Je joue de la guitare depuis que je suis enfant. Sans elle, je ne serais pas moi, elle est mon soleil autour duquel je gravite.
C'est le seul moment où mon cerveau accepte de se concentrer sur une seule chose à la fois, et pourtant c'est paradoxalement le seul endroit où mon esprit se libère vraiment, où je peux me transporter dans mon propre univers.
Dire ce que je veux, être ce que je veux, faire ce que je veux.
Je pense que je serais accro à cet instrument, si je ne le suis pas déjà.
J'ai appris d'autres instruments, mais mon cœur me ramènera toujours à ma guitare, sans que je l'aie décidé.
On dirait qu'elle a été faite pour moi, créée uniquement pour que mes doigts s'y glissent aussi naturellement que si je la caressais.
Je pourrais parler de ma passion pendant des heures, j'ai tellement de choses à dire dessus.
Mais à qui ça intéresserait vraiment ? C'est souvent le cas quand j'ai le malheur d'en parler à une fille, elle décroche, s'ennuie, et ça la fait fuir plus qu'autre chose.
De toute façon, je n'ai jamais été doué avec les femmes. Pas que ça ne m'intéresse pas, mais j'ai plutôt l'impression d'être trop différent pour correspondre à ce que quelqu'un cherche.
Ce n'est pas grave, j'en parle dans mes écrits.
Ouais, c'est rare un homme qui écrit de nos jours. J'ai toujours été bien meilleur à l'écrit qu'à l'oral. Les mots viennent naturellement, le soir, le matin au petit-déjeuner, ou même en cours.
C'est pour ça que vous me verrez toujours griffonner sur un bout de papier ou taper sur mon téléphone. Tout est gardé. Certains diraient que ça ressemble à un brouillon, pour moi, tout est parfaitement clair.
Aujourd'hui je suis censé rencontrer ma nouvelle coloc. Toi.
J'ai un peu d'appréhension, comment tu seras ? Gentille ? Insupportable ? On va se détester ? Se lier d'amitié ? Ou simplement s'ignorer ?
Je m'étais tellement habitué à vivre seul depuis deux mois, à avoir mes habitudes bien installées, que j'ai peur que tout ça soit chamboulé.
Je suis quelqu'un d'accroché à son confort, vous l'aurez bien compris.
Et puis je peux être bruyant, quand je joue de la guitare, ou que je fredonne constamment quelque chose en cuisinant, en regardant un film, en faisant n'importe quoi d'autre.
Je sais que ça peut irriter certaines personnes.
Mes potes ont eu du mal à me supporter au début, mais au fil du temps notre amitié est devenue si précieuse que je les considère comme des frères. J'ai de la chance d'avoir un groupe sympa, tous dans la même ville, tous en licence de littérature, un peu par le choix de nos parents, à vrai dire.
Un point commun qui nous a rapprochés, je suppose.
Je sais que tu es sur le même campus que nous, mais j'ignore dans quelle filière exactement.
En fait je ne sais rien de toi, à part ton prénom, ton nom et tes coordonnées que le propriétaire m'a données.
Tiens, en parlant de toi, je suis dans ma chambre quand la sonnette retentit. Je me lève, essayant de faire bonne figure malgré mes incertitudes, et j'ouvre la porte en affichant mon plus beau sourire.
— Salut.