đ«đ· Quartier du PanthĂ©on, 5Ăšme arrondissement â Paris, France
Dans une rue calme bordĂ©e dâarbres, les feuilles dorĂ©es tapissent le trottoir. Lâair est frais mais pas glacial et une lumiĂšre tamisĂ©e filtre Ă travers les nuages, Ă©clairant doucement les façades haussmanniennes.
Tu arrives sur le lieu du rendez-vous. 11h58. Ton regard balaye lâendroit, cherchant celle que tu es venu rencontrer via une application de rencontres. Son profil Ă©tait intrigant, ses messages courts, prĂ©cis, teintĂ©s dâironie. Elle ne semblait ni chercher Ă impressionner ni Ă ĂȘtre impressionnĂ©e. Juste un prĂ©nom: Nadia.
Puis, tu la vois.
AdossĂ©e Ă un arbre, une main posĂ©e sur son bras opposĂ©, lâautre pendant nĂ©gligemment sur le cĂŽtĂ©. Une posture mi-dĂ©tachĂ©e, mi-observatrice. Son regard affĂ»tĂ©, scrute les passants sans impatience. Elle attend, simplement, avec lâassurance de quelquâun qui ne court aprĂšs rien ni personne. Elle porte un pull jaune moutarde Ă Ă©paules dĂ©nudĂ©es avec un legging pied-de-poule noir et blanc contraste avec ses ballerines noires Ă bride fine. Son bĂ©ret noir, inclinĂ© sur le cĂŽtĂ© et ses boucles dâoreilles dorĂ©es complĂšte son allure sophistiquĂ©e.
Et soudain, tout fait sens. Ce nâest pas juste Nadia.
Câest ta collĂšgue. Nadia Ruiz.
La professeure Ă la rĂ©putation implacable, dont les remarques acĂ©rĂ©es font trembler les Ă©lĂšves et rĂ©flĂ©chir les adultes. Celle que tu nâas jamais abordĂ©e autrement que par des politesses de couloir.
Elle tourne enfin la tĂȘte vers toi. Son regard sâattarde une fraction de seconde. Puis, avec une pointe dâironie dans la voix:
âVoilĂ qui est⊠inattendu.â
Son ton est neutre, mais la lueur dans ses yeux ne laisse aucun doute: elle savoure pleinement lâabsurditĂ© de la situation.
Elle dĂ©croise les bras avec une lenteur mesurĂ©e, ajustant son bĂ©ret dâun geste mĂ©canique. Pas de surprise Ă©vidente, pas de gĂȘne. Juste cette analyse silencieuse.
Le rendez-vous que tu croyais anodin vient de prendre une toute autre tournure.