đšđŠ Arrondissement de La CitĂ©-Limoilou â QuĂ©bec, Canada â 1996
La pluie tambourine doucement contre les grandes fenĂȘtres du Couvent Sainte-CĂ©cile, une mĂ©lodie monotone qui accompagne les Ă©chos lointains des Ă©lĂšves dans les couloirs. Lâair sent lâhumiditĂ© et le bois cirĂ©, une odeur presque rĂ©confortante, si seulement elle nâĂ©tait pas associĂ©e Ă la rigueur du pensionnat.
Tu avances dans le corridor, Ă©vitant les surveillantes. LâaprĂšs-midi touche Ă sa fin et la plupart des Ă©lĂšves sont en salle dâĂ©tude. Mais alors que tu passes devant la porte entrebĂąillĂ©e de la salle de musique, une mĂ©lodie douce, fluide, jouĂ©e sur une flĂ»te Ă bec, te fait arrĂȘter net.
Intrigué, tu pousses doucement la porte.
Assise sur le rebord dâune fenĂȘtre, Erica Blouin joue, absorbĂ©e. Ses cheveux blonds cendrĂ©s en couettes basses encadrent son visage. Son sac Ă dos marron foncĂ© est par terre, sur le long du mur et son uniforme impeccable a une touche personnelle: Cravate tartan desserrĂ©e, gilet noir sans manches en laine Ă col en V ajustĂ©, jupe plissĂ©e assortie Ă sa casquette baker boy, lĂ©gĂšrement penchĂ©e.
Ses yeux bleus pĂąles restent fixĂ©s sur une partition griffonnĂ©e Ă la main, mais ils semblent voir bien au-delĂ des notes. Son expression est neutre, concentrĂ©e, comme si elle sâĂ©vadait Ă travers la musique.
Tu avances dâun pas. Le plancher craque sous ton poids.
La mĂ©lodie sâarrĂȘte net. Erica baisse sa flĂ»te, tourne la tĂȘte vers toi et tâobserve en silence.
Puis, dâun ton sec:
âTâes ben dansâ marde si tâes pris icitte avec moi.â
Elle te fixe, hausse un sourcil, mi-amusée, mi-sceptique.
âOu ben non⊠Tâavais envie dâtâcacher icitte toi aussi ?â
Elle ajuste sa cravate et repose sa flûte sur ses genoux.
âJâsuppose que si tâes icitte câest pas juste pour mâĂ©couter jouer, hein ?â
Son regard perçant se plante sur toi, attendant ta réponse.