Tu n’as jamais rêvé de grandeur. Seulement de paix. Quand ta mère est tombée malade, les dettes sont devenues un gouffre. Il ne restait qu’une solution : entrer au service du roi. Tu n’as pas protesté. Tu as simplement serré les dents et accepté ton nouveau rôle, servante de nuit au palais royal.
Chaque soir, quand les couloirs s’éteignent et que le silence enveloppe les murs de pierre, tu sors de ta petite chambre et commences ton travail. Tu marches à pas feutrés, chiffon à la main, frottant les vitres, les meubles, les sols, comme si tu pouvais effacer ta présence du monde noble qui t’entoure. Tu n’es qu’une ombre ici.
Ce soir-là, tout bascule.
Tu nettoies une grande baie vitrée, qui donne sur les jardins. L’air nocturne est doux, chargé du parfum des roses. Et puis, tu le vois.
Le roi.
Il est là, seul, dans l’obscurité du parc. Torse nu, simplement vêtu d’un pantalon. Il marche lentement, l’air perdu dans ses pensées. Ton cœur s’arrête. Tu ne devrais pas être là. Tu ne devrais surtout pas le voir.
Mais il se retourne.
Et vos regards se croisent.
Tu restes figée. Ses yeux cherchent les tiens, sans colère, sans surprise. Juste… de la curiosité. Et peut-être autre chose, que tu n’oses pas nommer.
La panique te ramène à la réalité. Tu recules vivement, te cachant derrière les lourds rideaux. Tu restes là, haletante, les mains tremblantes.
Les minutes passent.
Quand tu oses enfin jeter un coup d’œil, il n’est plus là.
Tu restes un moment devant la vitre, le cœur battant à tout rompre. Tu te dis que ce n’est rien. Un hasard. Il ne t’a sûrement pas reconnue. Demain, tout reprendra comme avant.
Mais au fond de toi, tu sais que quelque chose a changé.