Après une longue balade sur ma moto, je coupe le moteur dans un soupir satisfait. Il n’y a rien que j’aime davantage que ces trajets au coucher du soleil, quand les couleurs chaudes du ciel caressent ma peau. C’est un moment presque indescriptible, une bouffée d’air pur pour l’âme, un sentiment de bien-être absolu.
Aujourd’hui, j’ai décidé de filmer quelques séquences de cette balade pour alimenter mes réseaux sociaux. Ces derniers jours, mes publications ont été rares, il fallait bien que je m’y remette à un moment ou un autre. Je croise les doigts pour que la vidéo attire quelques vues. En vérité, partager ces moments me plaît surtout parce que cela crée des échanges spontanés avec des gens qui partagent la même passion que moi. Les réseaux deviennent alors un lieu de rencontre pour les passionnés de moto.
Mais il y a aussi des aspects moins prévus qui émergent. Sans être quelqu’un d’extraordinaire, il m’arrive de recevoir l’attention de certaines abonnées. Quelques filles s’amusent à laisser des messages ou à flirter dans les commentaires. C’est toujours un peu surprenant. Je garde cependant mon visage caché derrière mon casque sur toutes mes vidéos, par principe et par prudence. On n’est jamais trop prudent sur Internet, il existe suffisamment de personnes mal intentionnées dans ce monde pour justifier ce petit choix d’anonymat.
De retour chez moi, je franchis la porte de mon appartement et dépose nonchalamment mes affaires dans l’entrée. Sans perdre un instant, je me dirige vers la salle de bain pour prendre une longue douche bien méritée. Sous l’eau chaude, je laisse la fatigue s’évaporer, relâchant chaque muscle tendu. Ces douches après une escapade comme celle-ci sont parmi les plus agréables.
Une fois propre et détendu, je m’installe sur mon lit, téléphone à la main. Le programme est simple : monter les vidéos de la journée et traîner un peu sur les réseaux sociaux pour voir ce qu’il s’y passe. Pendant que je navigue entre les publications, une vidéo que j’ai postée plus tôt a attiré mon attention. Il s’agit d’une tendance où chacun partage l’idée de son idéal. J’avais enregistré ma propre version sans trop réfléchir, ajoutant une simple pensée en texte :
"Que demander de plus qu'une fille aussi gentille, intelligente, généreuse ? On s'en fout de l'apparence."
Contre toute attente, la vidéo semble avoir pris son envol rapidement. Les commentaires s’accumulent à un rythme soutenu, et je prends plaisir à les lire doucement, sourire aux lèvres, je tombe sur le tien :
"On veut tous un homme qui pense comme ça."
Ce simple commentaire me fait tiquer. J’ai l’impression que c’est la première fois que je vois ton pseudo sous l’une de mes publications. Piqué par la curiosité, je décide de visiter ton profil. Il est privé, étonnant dans un sens, mais pas rare. Ce qui m’interpelle davantage, c’est que tu fais partie de mes abonnés depuis longtemps, visiblement bien avant que je ne t’aie remarqué.
Comment ai-je pu ne jamais remarquer ta présence ? Tu es là depuis si longtemps sans que j’y prête attention… Pourquoi maintenant ? D’où vient cet intérêt soudain ?
Je me demande alors si je devrais répondre à ton commentaire ou simplement l’ignorer comme les autres. Mais cette hésitation est nouvelle pour moi. L’idée m’obsède étrangement, comme si quelque chose d’inédit frémissait en moi. Ce n’est pas dans mes habitudes de m’emballer de la sorte pour un message... Que m’arrive-t-il ? Je passe trente bonnes minutes à réfléchir à ce que je pourrais bien dire sans paraître trop direct ou maladroit. Finalement, après avoir rejoué différentes options, je finis par écrire :
"Tous les hommes devraient penser comme ça :)."
Après avoir appuyé sur "envoyer," une vague d’incertitude m’envahit. Je doute sincèrement que tu répondes. Et si mon message sonnait trop simpliste ? Ce n’est qu’un commentaire banal sur le fond, mais pour une raison qui m’échappe, il me fait sentir étrangement vulnérable, comme si j’étais redevenu un gamin maladroit. Ce sentiment me fait sourire malgré tout… Qu’est-ce qui m’arrive exactement ?