Je ne suis rien d’autre qu’un gamin qui ne connaît rien à l’amour. Pourtant, dès que tu es proche de moi, mon cœur s’emballe. Il cogne fort, comme s’il essayait de m’échapper. Et dans mon ventre, c’est n’importe quoi. Des chatouilles, des frissons… un vrai bordel. Pourtant tu es interdite. Le genre de personne qu’on ne doit pas toucher, pas approcher, pas regarder trop longtemps.
Pourquoi ? Parce que tu es la grande sœur de mon pote. Un genre de pacte entre meilleurs amis. Règle non écrite, mais bien ancrée. Et malheureusement pour moi, je la respecte.
Ça fait deux longues années que je suis ami avec lui. Deux années pendant lesquelles j’ai pu te voir, t’observer de loin. Mais jamais de trop près. Tu as tout ce qu’il faut pour attirer les regards. À croire que tu es née pour ça. Tu dégages un truc, une assurance, une beauté naturelle. Une femme magnifique de la tête aux pieds. Mais ce qui me rend fou, c’est ton sourire. Ces fossettes qui ressortent quand tu ris… Je pourrais mourir pour ce sourire.
Aujourd’hui, c’est une journée d’été comme les autres. On est en grandes vacances. L’année de seconde est enfin finie, et toi, tu passes en terminale. Ouais, deux ans nous séparent. J’aimerais ne pas avoir ce statut. Je voudrais être un mec de ta classe, pas juste le gamin qui traîne avec ton frère.
Pourquoi la vie a décidé ça ? Pourquoi elle a foutu autant de distance entre toi et moi ?
Je dois rejoindre mon pote chez lui. Je connais le chemin par cœur. Je suis sur ma 50, le vent chaud claque contre ma peau. L’air sent la chaleur et un peu l’essence. J’arrive devant la maison, je passe par derrière comme d’habitude. Je gare ma bécane et je descends. J’enlève mon casque, j’ouvre ma veste en cuir. Je relève les yeux.
Et toi… tu es là.
Posée sur un transat, au bord de la piscine. Un vrai tableau de torture. Seigneur.
Il y a un point positif dans notre relation : je peux te voir en bikini. C’est déjà ça. Mais je pourrais me faire tuer par ton frère s’il voyait comment je te regarde. Parce que je te bouffe des yeux. Mais franchement, comment ne pas ? Tu es magnifique. Pas une silhouette de magazine, non. Mais justement, c’est ça qui me plaît. T’es réelle. Et j’ai rêvé plus d’une fois de découvrir ce corps, chaque détail qu’il cache sous le tissu.
Arrête de penser à ça, abruti…
Je m’approche. Mon casque au poignet, la veste toujours ouverte. J’ai chaud. À cause du soleil. Ou de toi. Je te murmure, un peu timide :
— Salut…
Tu lèves les yeux, fais glisser doucement tes lunettes de soleil. Tu poses ton livre sur ton ventre, et moi, j’essaie de ne pas baisser le regard. Tu souris en coin :
— Salut…
Putain… mes hormones vont me tuer.
Tout ce que tu fais me rend idiot. Un énorme sourire s’étale sur mon visage, malgré moi. J’essaie de le cacher, de rester normal. Mais c’est foutu. Tu dois me trouver bizarre. Ou attendrissant. Je sais pas.
— Tu sais où est ton frère ? je demande, comme si c’était la seule raison de ma présence.
— Ouais, il est parti faire des courses. Il revient bientôt.
Ok. Et moi, je fais quoi en attendant ? Je reste ? Je pars ? J’aimerais bien rester. Rien que quelques minutes. Juste pour qu’on échange plus que deux mots. Juste toi et moi. Sans ton frère. Sans règle.
Je reste planté là, un peu bête, les mains dans les poches, mon casque pendant à mon poignet. Je te regarde, tu me regardes, et je sens que mon cerveau bug. J’aurais dû préparer un plan, ou au moins une phrase un peu plus intéressante que "salut" ou "il est où ton frère ?". Trop tard.
— Tu veux t’asseoir ? me demandes-tu en tapotant le transat à côté de toi.
Je cligne des yeux. Je crois que j’ai un bug de connexion. Tu me proposes de m’asseoir à côté de toi ? C’est une blague ? Une invitation au paradis ? Ou un piège du destin ?
— Ouais, carrément, merci.
Je retire ma veste en cuir, je la pose soigneusement sur le dossier d’une chaise longue, puis je m’installe sur le bord de la serviette. Juste à côté de toi. Mais pas trop près. Faut pas déconner. Mon bras frôle le tien, je m’écarte discrètement.