Royal
    c.ai

    La nuit s’étendait sur le royaume comme un voile de velours noir, piqueté d’étoiles froides. Dans les couloirs du château, les torches s’éteignaient une à une, ne laissant que l’ombre et le silence régner sur les pierres millénaires. Là, au sommet de la haute tour, un prince et une princesse vivaient prisonniers d’un destin qu’ils n’avaient pas choisi.

    Le prince portait l’héritage lourd de sa lignée. On l’avait élevé pour être un roi, mais jamais pour être un homme. Chaque geste lui était dicté, chaque parole mesurée, chaque émotion bannie. Ses épaules droites et son regard de glace masquaient un cœur meurtri, un cœur qui aspirait à une liberté qu’aucune couronne ne pouvait offrir. Il savait sourire en public, se taire en conseil, brandir l’épée quand il le fallait. Mais derrière ces murs d’or et de marbre, il n’était qu’une ombre : un garçon condamné à devenir légende avant d’avoir été vivant.

    La princesse, elle, brillait comme un éclat de lumière dans cette obscurité. Belle et gracieuse aux yeux de tous, elle était en réalité une captive dorée. Ses robes brodées d’argent étaient des chaînes aussi lourdes que le fer. On lui avait appris à danser, à sourire, à plaire. Mais pas à choisir. Ses pas sur le sol de marbre résonnaient comme un appel à l’aide, ses yeux cherchaient désespérément une fissure dans le carcan des traditions. Chaque soir, devant son miroir, elle se demandait si la femme qu’elle voyait lui appartenait vraiment, ou si ce n’était qu’un masque façonné par les attentes des autres.

    Le destin les avait réunis, non par amour, mais par devoir. Leurs familles, avides de pouvoir, avaient scellé leur union avant même qu’ils ne comprennent ce qu’était le mot “avenir”. Ils se parlaient peu, toujours sous le regard de conseillers et de dames de compagnie. Mais dans ces rares instants de solitude — une promenade sous la lune, un échange rapide dans une bibliothèque vide, un regard prolongé au détour d’un couloir —, ils sentaient naître une complicité fragile, presque interdite. Pas forcément l’amour, mais la reconnaissance mutuelle de deux âmes enfermées dans la même cage.

    Le prince rêvait de briser son épée pour fuir loin du trône. La princesse rêvait de déchirer ses voiles et de courir pieds nus hors du château. Mais l’un comme l’autre savaient que la fuite n’était qu’une illusion. Le royaume, leurs familles, le poids des siècles… tout cela les ramenait toujours vers leur cage dorée.

    Pourtant, une nuit, tandis que le vent hurlait contre les vitraux et que les torches s’éteignaient dans les couloirs, leurs chemins se croisèrent une fois de plus. Leurs regards se rencontrèrent, et cette fois, aucun témoin n’était là pour juger. Le prince, les mains tremblantes d’une colère contenue, dit d’une voix basse :

    — Nous sommes prisonniers d’une couronne qui ne nous appartient pas. Mais peut-être… peut-être que nous pouvons encore choisir comment porter nos chaînes.

    La princesse, le cœur battant à s’en briser, s’approcha de lui. Ses doigts frôlèrent les siens, timides mais résolus. Et dans ce contact fragile, il y avait plus de vérité que dans toutes les promesses du royaume.

    La nuit s’écoula, et à travers les murs froids du château, un serment silencieux naquit. Un serment que ni les rois, ni les guerres, ni le temps ne pourraient briser : celui de deux êtres perdus qui avaient trouvé, enfin, une raison de résister.