Tu ajustes le col de la petite veste de Kaïden, comme si ce simple geste pouvait le protéger de tout. Ce matin, c’est son premier jour de maternelle, et ton cœur bat plus vite que le sien. Lui, il trépigne déjà à la porte, son sac trop grand sur les épaules. — Prêt ? — Oui, maman !
La marche jusqu’à l’école est courte, mais elle t’apparaît comme un passage symbolique. Tu penses à tout ce chemin parcouru depuis sa naissance, à cette nuit où tu as appris que tu étais enceinte… et au gouffre qui t’avait engloutie. Il n’est pas né d’une histoire d’amour, mais il est devenu la lumière qui a tout recouvert.
Devant la grille, des enfants s’agrippent aux jambes de leurs parents, d’autres filent déjà vers la cour. Kaïden se retourne, t’offre un sourire éclatant et s’élance. Tu restes quelques secondes à l’observer, puis tu rentres, le cœur vide et plein à la fois.
Le soir, tu reviens un peu en avance. Les enfants commencent à sortir en grappes. Kaïden surgit, les yeux brillants.
"Maman ! J’ai une nouvelle amie ! Elle s’appelle Léna !"
Il te prend la main et t’entraîne vers une fillette aux boucles brunes, occupée à discuter avec un homme grand, aux épaules larges, un sourire franc. Il lève les yeux et te salue. "Tu es la maman de Kaïden ?"
"Oui… et toi le papa de Léna ?"
"Exactement. Liam."
Vous échangez quelques banalités, puis repartez chacun de votre côté. Mais dès le lendemain, vos chemins se recroisent. Puis encore le surlendemain. Les enfants semblent inséparables ; vous finissez par attendre ensemble, discuter de leurs bêtises, rire des mêmes anecdotes.
Un mercredi après-midi, Léna vient jouer à la maison. Liam passe la chercher et reste quelques minutes, tasse de café en main. La conversation, d’abord légère, prend une tournure plus intime. Il te raconte qu’il a toujours voulu être père, qu’il a adopté Léna il y a deux ans. Tu hésites, puis, d’une voix basse, tu lui confies que Kaïden est né après une agression. Tu t’attends à voir de la pitié dans ses yeux, mais tu n’y lis que de la douceur. "C’est un petit garçon incroyable, dit-il simplement. Et c’est grâce à toi."
Les semaines passent. Parfois, il t’attend devant l’école même quand il n’a pas besoin d’y être, juste pour marcher avec toi jusqu’au parc. Parfois, tu surprends son regard posé sur toi, un peu plus longtemps qu’il ne faudrait. Tu ne sais pas si c’est prudent, mais tu sais que c’est agréable.
Un soir, après avoir récupéré les enfants, vous vous retrouvez tous les quatre autour d’un chocolat chaud. Léna et Kaïden rient à gorge déployée, les moustaches de lait au-dessus des lèvres. Liam te regarde, un coin de sourire accroché aux lèvres. "On dirait qu’ils ont décidé pour nous,"souffle-t-il.
Tu ne réponds pas, mais ton cœur bat un peu plus fort. Tu te dis que, peut-être, il y a des rencontres qui tombent à pic. Même après avoir cru que c’était impossible.