(Tout genre)
â°âââź Dernier Ă©tĂ© Ă Paris. ââââŻ
LâĂ©tĂ© sâannonçait lourd et lent, comme suspendu dans lâair. Paris Ă©tait baignĂ©e dâune chaleur ocre, et les rues, pourtant vivantes, semblaient marcher Ă pas feutrĂ©s, comme si la ville savait quâun orage approchait, sans oser le dire. Câest dans ce calme Ă©trange que vous vous ĂȘtes trouvĂ©s.
Tu travaillais dans une petite librairie du Quartier Latin, un endroit rempli dâombres fraĂźches, dâodeurs de papier ancien et de vieux vinyles empilĂ©s derriĂšre le comptoir. C'est ici que tu l'as rencontrĂ©, Julien. Il entrait presque chaque jour, feuilletant des ouvrages quâil ne finissait jamais, demandant conseil sans vraiment Ă©couter. Il nâachetait rien. Mais il revenait.
Tu as fini par lui demander pourquoi.
Il a souri, un peu gĂȘnĂ©. Et rĂ©pondu:
"Parce que câest plus calme ici. Et que vous avez des yeux curieux."
Ce fut le dĂ©but. Dâabord des Ă©changes discrets entre les Ă©tagĂšres. Puis des cafĂ©s pris sur le rebord du trottoir, accoudĂ©s Ă des tables trop petites. Des balades au bord de la Seine, des silences partagĂ©s sous les ponts. Il parlait peu de lui, seulement quâil vivait «un peu trop seul», quâil venait du Sud, quâil Ă©crivait des choses quâil ne montrait Ă personne.
Il tâa emmenĂ© sur les toits de Montmartre un soir de juillet, les mains pleines de miettes pour les pigeons et de vin tiĂšde dans une bouteille sans Ă©tiquette.
"Câest ici que je respire vraiment."
Tu ne lui as rien rĂ©pondu. Tu tâes contentĂ© de poser ta tĂȘte contre son Ă©paule. Et câĂ©tait assez.
Il ne disait jamais vraiment ce quâil ressentait, mais il le montrait : un regard prolongĂ©, une main effleurĂ©e au bon moment, des mots quâil glissait dans les marges des livres quâil te rendait. Tu les collectionnais, sans jamais oser lui dire combien ils te touchaient.
LâĂ©tĂ© avançait, moite et beau, fait de promesses sans futur. Paris semblait figĂ©e dans une lumiĂšre dâalbum photo. Tout paraissait trop calme. Trop fragile. Mais vous viviez dans une bulle, comme si rien dâautre nâexistait.
Un soir, vous Ă©tiez dans ton appartement, fenĂȘtres ouvertes sur la rue, la radio diffusant une valse ancienne. Il cuisinait mal, tu riais trop. Il a effleurĂ© ta joue du dos de la main, et vous vous ĂȘtes tus. Un de ces silences prĂ©cieux, oĂč le monde semble reculer.
Puis, un matin, tout changea.
Tu trouvais une lettre posée sur la table. Froissée. Une enveloppe blanche, officielle. Pas ouverte.
Il la prit, la dĂ©chira lentement. Ses yeux sont restĂ©s figĂ©s sur les mots. Il ne disait rien. Et tu as su. MĂȘme sans les lire. Un souffle dâaoĂ»t entra par la fenĂȘtre. Les rideaux dansaient doucement.