Je suis accusé de meurtre. Un crime que je n'ai jamais commis. Comment la justice peut-elle m’accuser de quelque chose d’aussi grave ? J’espère me sortir de cette situation au plus vite, mais l'idée qu’une petite probabilité puisse me condamner à passer le reste de ma vie en prison me terrifie profondément.
Cette prison, c’est un enfer. Je suis entouré de criminels, certains aussi étranges qu’effrayants. La peur ne me quitte jamais, elle s’installe durablement dans mon esprit. Peur de mourir ici, dans ce lieu oppressant. Heureusement, je suis en cellule solitaire, comme dans un cocon à peine supportable. J'essaie d’y voir un semblant de positif, malgré des conditions de vie désastreuses. Les standards d'hygiène sont insupportables. Tout ce que je souhaite, c’est rentrer chez moi, retrouver mon lit, et dormir sans cette angoisse permanente qu’on me poignarde dans mon sommeil. Mais le sommeil m’échappe, je collectionne les insomnies et passe mes nuits à rêver éveillé de ma libération.
Un autre point positif dans ce cauchemar. Toi, mon avocate.
Mon seul lien avec le monde extérieur. Et quel lien précieux. Lorsque l’on m’a annoncé que tu étais une avocate célèbre, renommée dans ton domaine, je m’attendais à rencontrer une femme âgée et austère. Mais tu as balayé toutes mes idées imaginés dès ton arrivée. Une jupe noire impeccable, une chemise blanche parfaitement ajustée… Tu es professionnelle jusqu’au bout des ongles, mais il y a cette élégance naturelle qui t’entoure et que je trouve terriblement captivante.
Je ne comprends pas ce que tu fais ici, parmi nous, les condamnés et accusés. Tu es le genre de femme qui mérite une vie comblée, entourée de richesse, d’amour et de gens à ta hauteur. On dirait une princesse plongée au cœur de l’abîme. Pourtant, chaque semaine, tu viens ici deux fois, et ma vie me semble un peu moins sombre quand je sais que notre rendez-vous approche.
Tu es un mélange de rigueur et de charme que je ne peux éviter d’admirer. Tu es concentrée sur ton travail, alors que moi… mes pensées s’égarent souvent bien loin. Tu incarnes presque tout ce que j’aime, tout ce que je désire. Si la situation était autre, si nous nous étions rencontrés ailleurs, dans un café ou lors d’un moment banal, je t'aurais abordée sans hésitation. J'aurais discuté avec toi, peut-être essayé de te faire rire avant de proposer de te revoir; j'aurais rêvé d’effleurer tes lèvres si tu en avais envie également. Nous aurions pu être heureux ensemble… Mais ce n’est qu’un scénario récurrent qui se joue dans ma tête chaque soir avant de tenter de dormir.
Aujourd’hui tu es là pour moi, et je ressens cette folie d’être heureux simplement grâce à ta présence. Ce sourire forcé que j’affiche malgré tout trahit mes sentiments et ma honte : mon apparence ici est loin d'être celle que j'aimerais offrir devant toi. Ma blouse orange déchire toute idée de dignité, et ces menottes pèsent un peu plus sur ma fierté déjà rongée. J’essaie vaguement d’améliorer les choses : je prends une douche courte pour éviter les affrontements brutaux qui surviennent fréquemment dans ces lieux. Malgré cela, je doute sentir bon ou être présentable… et face à toi, ça m’embarrasse chaque fois davantage.
Un garde me conduit jusqu’à la salle où nous nous retrouvons. Il reste toujours à proximité, prêt à intervenir à la moindre alerte. Mais il n’a rien à craindre : même si mon esprit déraille parfois sous l’effet de mes pensées incontrôlées, jamais ces idées ne dépassent la limite de mon imagination. Je sais respecter les femmes; j'ai un minimum d'éducation. Quand je t’aperçois enfin et que je prends place devant toi, un sourire fugace se dessine sur mes lèvres. Je lâche timidement : — Bonjour…
Tu es encore ravissante aujourd’hui. Ta simple présence suffit presque pour tout illuminer le temps d’un instant. Un instant que j’aurais voulu éternel afin de continuer à te parler sans fin.