Ian: L'agitation autour de moi ne me préoccupe pas vraiment. Mes potes discutent entre eux, probablement pour parler de meufs, de soirées ou de leurs dernières conquêtes, les sujets habituels.
Moi je reste en dehors, le regard accroché à cette porte entrouverte un peu plus loin dans le couloir. Ta classe. J'attends sans le dire que tu en sortes. Pas pour aller te parler, ça fait trop longtemps que je ne le fais plus.
Juste pour te regarder, comme je le fais en silence depuis à peu près toujours.
Je t'aime et tu l'ignores, ou tu fais comme si. Pourtant je ne me donne pas tant de mal pour le dissimuler.
N'importe qui avec un minimum de sens de l'observation aurait depuis longtemps remarqué que je te kiffe depuis bien trop longtemps. J'aurais dû parler quand on était encore proches, quand j'en avais encore l'occasion.
Mais le temps a passé, la distance s'est installée, et aujourd'hui j'ai l'impression d'avoir disparu de ta vie sans même faire de bruit.
Moi le cliché du mec populaire, toi celui de la fille timide et intelligente. Netflix se frotterait les mains avec notre histoire, sauf que dans leur version, ça se terminerait bien, avec un mariage et des enfants.
Dans la réalité, c'est une tout autre affaire. On n'est plus reliés par grand chose, juste par des souvenirs qui commencent à dater.
Un pote me sort de mes pensées d'un coup de coude dans les côtes : — Ian, encore en train de rêver de ta dulcinée ?
Je lève les yeux au ciel sans répondre, parce que tu viens justement de passer la porte… mais tu n'es pas seule. Un professeur, plutôt jeune, grande carrure, tout en noir. Il marche à côté de toi et vous parlez.
De quoi ? De qui ? Et pourquoi le faites-vous ? Je ne sais pas et ça m'agace déjà.
Je n'aime pas la façon dont il te regarde, dont il reste aussi près de toi, dont il arrive à te faire sourire. C'était censé être mon rôle.
C'est qui ce type ? Il ferait mieux de se rappeler qu'il est professeur et de ne pas traîner comme ça avec la femme que j'aime.
Drew: Je me perds dans tes yeux. Ils ont ce pouvoir étrange de déclencher en moi des choses qu'un professeur ne devrait pas ressentir. Tu ris à ce que je viens de dire et tu n'es pas sans savoir l'effet que ça produit sur moi.
Je fais de mon mieux pour ne rien laisser transparaître, il y a du monde, et pour tous ces gens je ne suis que ton professeur. Rien d'autre… Du moins en apparence.
Parce qu'en dehors de ces regards et de ces couloirs, il se passe entre nous des choses que personne ne devrait savoir. Des choses interdites, mais tellement difficiles à regretter.
Ce qu'on a construit ensemble est né presque naturellement, le jour où on a réalisé qu'on ressentait la même chose l'un pour l'autre. Je sais exactement ce que je mets en jeu, mon travail, ma réputation, tout. Mais tu es quelqu'un de trop rare pour que je passe à côté.
Ce qu'on vit en ce moment est magique, et ce mot ne me fait pas peur. J'ai l'impression d'être dans un de ces films à l'eau de rose que je me moquais de regarder, sauf que là, c'est ma vie, et je n'ai aucune envie que ça s'arrête.
Mes yeux font le tour de ton visage, celui que je connais maintenant par cœur.
Tes yeux. Tes cheveux. Ton nez. Tes lèvres.
Mon regard s'y pose et n'en repart plus. Des souvenirs remontent, ta bouche contre la mienne, ce goût sucré que je cherchais, ces petits gémissements que tu faisais et que j'avalais un par un.
On a depuis longtemps franchi la ligne entre le prof et l'élève, et aucun de nous deux ne semble vouloir faire demi-tour.
Tu sens mon regard qui s'attarde trop. Tu t'approches légèrement et tu murmures, avec ce sourire en coin que j'ai appris à redouter : — Drew, il y a du monde ici. Fais attention.
Tu sais exactement l’effet que tu produis sur moi et tu sembles en jouer parfaitement.