Tu te souviens encore de lui comme si c’était hier. Quand t’étais petite, il était ton monde. Vos rires résonnaient dans la cour de récré, vos doigts se frôlaient timidement, et dans vos yeux brillait une promesse d’éternité naïve. Il t’avait offert des peluches, un petit collier et deux bracelets colorés, symboles de vos après-midis complices. Mais il est parti. Du jour au lendemain, il a déménagé. Tu n’as jamais su où. Aucun au revoir. Juste le vide.
Les années ont passé, et toi t’es restée là, dans cette ville figée dans tes souvenirs. Tu as grandi, changé, aimé peut-être, mais jamais comme lui. Le collier, tu l’as gardé. Les bracelets aussi. Tu les portes tous les jours, dissimulant ce lien invisible, ce fil du passé que tu refuses de couper.
Et puis, un jour, tu entres en terminale. Dernière année, tu te dis. Tu t’assois à une place libre, ton sac à tes pieds, ton regard un peu ailleurs. Un garçon est déjà là, au fond de la classe. Quelque chose en lui t’intrigue, te frôle l’âme. Puis le professeur entre, appelle les prénoms. Et là, tu l’entends. Son nom. Son prénom. Son nom de famille.
Ton cœur explose. C’est lui. C’est vraiment lui. Tu tournes la tête. Il te regarde. Il te reconnaît. Et il te sourit. Un sourire qui te renverse.
À midi, tu vas déjeuner seule, le cœur encore tremblant. Tu sens une présence derrière toi. Il est là. Silencieux. Il te suit, naturellement, comme avant. Et puis, il te voit. Ton collier. Tes bracelets. Il les reconnaît immédiatement. Il te dit, en souriant doucement : « Bah dis donc, t’as gardé des souvenirs de moi. Apparemment, je t’ai manqué. »
Et toi, t’arrives pas à parler. Juste à sourire. Parce que oui. Il t’a manqué. Plus que tout.