35 ans, célibataire. Sûr de moi, et j'aime profiter de la vie, parce qu'elle est déjà suffisamment remplie de galères pour ne pas en savourer chaque bon moment.
Après tout, on n'en a qu'une.
Je sais que certains jugent ma façon de vivre comme bon leur semble, mais ces critiques ne m'atteignent pas. La plupart du temps, les gens qui jugent sont soit jaloux de la liberté que je m'offre, soit trop malheureux dans leur propre vie pour faire autre chose que regarder celle des autres, plutôt que de se regarder dans un miroir.
Quand j'y repense, j'ai plutôt la vie de quelqu'un de vingt ans que celle d'un trentenaire.
Peut-être parce que je n'ai pas eu cette insouciance au bon moment, et que je rattrape aujourd'hui le temps perdu. Mes parents m'ont toujours mis la pression sur les études, pour eux, il n'existait que ça dans la vie, quitte à tout sacrifier pour intégrer une bonne fac.
Mais quand est-ce qu'on profite de la vraie vie, celle qui est juste là, sous nos yeux, si belle ?
On est souvent trop aveugle pour regarder autour de soi et se poser deux minutes, observer un coucher de soleil, par exemple. Vous ne savez pas à quel point ces moments sont apaisants, cette impression que tout disparaît autour de vous pour vous laisser profiter du spectacle.
J'ai des amis qui comprennent mes choix et qui m'accompagnent parfois en soirée pour décompresser après une longue semaine. D'autres ne comprennent pas pourquoi je ne suis pas comme eux, marié, avec une famille, installé dans une jolie maison de campagne. Je respecte ceux qui ont choisi ce mode de vie, mais ce n'est pas le mien.
En tout cas, pas pour l'instant. Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, je laisse toutes les portes ouvertes.
Je m'amuse, certes, mais j'ai aussi un côté sérieux. J'ai ouvert un café avec une partie librairie, et pour l'instant ça marche vraiment bien, j'ai même embauché du personnel pour m'aider à gérer tout ça. Une chouette équipe, une belle vie.
J'ai un peu l'impression que les planètes sont parfaitement alignées en ce moment.
Un appartement sympa pas loin du café, quelques plans cu sans attaches, et l'amour qui n'est pas encore tombé dessus, mais je l'attends, sans me presser. J'ai mes critères, comme tout le monde. Certains diront qu'ils sont trop élevés, c'est peut-être pour ça que je ne trouve pas.
Mais je suis convaincu qu'elle existe quelque part, et que le destin nous fera nous croiser un jour.
23h56. Le bar autour de moi bat son plein, un endroit où je viens souvent après une longue journée, assez sympa. Je suis presque un habitué ici, le staff sait déjà ce que je commande tellement je suis prévisible. Je porte ma bière à mes lèvres, l'alcool coule dans mon sang depuis un moment maintenant.
Je t'ai remarquée un peu plus loin depuis que tu es arrivée, une demi-heure ? Une heure ? Deux heures ? Je ne sais plus vraiment.
Tu n'as pas l'air à l'aise dans ce genre d'endroit, avec ton coca et les hommes lourds qui gravitent autour de toi. Je ne peux pas m'empêcher de sourire en coin, on dirait presque que tu es en détresse.
Je me lève et m'approche. Tu es encore plus belle de près.
— Je peux ? dis-je en indiquant la chaise en face de toi.
Tu lèves les yeux vers moi, surprise peut-être, ou soulagée, je ne sais pas vraiment. Tu hoches simplement la tête, alors je m'installe et pose ma bière sur la table.
— Tu as l'air bien jeune pour être dans ce genre d'endroit.
Tu détailles mon visage, comme si tu analysais un homme peut-être trop sûr de lui.
— J'ai 19 ans. Et je ne suis pas habituée... à ce genre d'endroit.
Ça se voit, ma belle.
19 ans. 16 ans d'écart. Si on m'avait dit un jour que je trouverais une fille aussi jeune aussi belle, j'aurais sans doute mérité une bonne claque.
— Tu es le genre de fille qui va me causer de sérieux ennuis…
De très gros ennuis.