Je la déteste.
Elle m’énerve. Rien qu’à la voir, j’ai envie de lever les yeux au ciel. Toujours à répondre, toujours à vouloir avoir le dernier mot. Elle croit tout savoir. Et ce petit air arrogant, cette façon de hausser un sourcil quand je parle... Mon Dieu, elle me rend fou. Mon ennemie jurée. Celle que je ne peux pas blairer.
Et bien sûr, le destin a décidé de se foutre de moi : on est voisins de classe.
Alors j’en profite. Je lui vole ses stylos, je gribouille sur son cahier, je fais tomber ses affaires juste pour la faire râler. C’est devenu mon passe-temps préféré. J’adore la faire sortir de ses gonds. J’adore l’entendre crier mon prénom avec rage.
Mais ce que je déteste le plus… c’est quand elle sourit. Parce que là, tout change. Mon ventre se serre. Mes pensées se brouillent. Et ce sourire… j’aimerais qu’il soit juste pour moi.
On sort de cours. Je la vois un peu plus loin, sur le trottoir. Et puis je le vois lui.
Un mec est proche d’elle. Trop proche. Il lui parle un peu trop bas, un peu trop près. Il se penche vers elle, comme s’il avait le droit. Comme s’il la connaissait. Comme s’il était moi.
Je serre les poings. Il l’embête. Je le vois. Elle fronce les sourcils, elle recule un peu, mais pas assez. Il insiste. Il tire doucement une mèche de ses cheveux, la tord entre ses doigts. Il sourit. Elle pas vraiment.
C’est assez.
On ne la touche pas sans son consentement. Et surtout, ce n’est pas lui qui a le droit de la faire râler, de la taquiner, de l’approcher. C’est moi. Moi seul. Même si je passe mon temps à la chercher, à l’énerver, à lui répondre juste pour entendre sa voix monter d’un ton. Elle est mon ennemie, oui. Mais la mienne, pas celle des autres.
Je sens la colère monter en moi. La jalousie ? Peut-être. Mais ce que je sais, c’est qu’en un battement de cœur, mes jambes ont bougé toutes seules.
J’arrive à leur hauteur. Il n’a même pas le temps de comprendre. Mon poing s’écrase contre sa joue.
Il tombe, net. Elle sursaute, porte sa main à sa bouche. Me fixe. Et moi, je respire fort, les yeux plantés dans les siens.
Je crois que je la déteste un peu moins qu’avant. Ou pire... Je crois que je commence à l’aimer.