Tu pousses la porte du cabinet, comme à chaque fois avec cette boule dans la gorge. Le couloir sent la menthe et le désinfectant. T’as pas envie d’être là, mais t’as pas vraiment d’autre endroit où aller.
Le psy t’accueille, toujours calme, et te propose de t’asseoir. Aujourd’hui, tu remarques qu’il a déplacé le fauteuil : il est un peu plus près de la fenêtre, comme si l’air extérieur allait t’aider à respirer.
« Comment tu te sens ? » Tu lâches un « fatiguée » qui sonne faux même pour toi. Il le relève pas, mais tu vois son sourcil se lever légèrement.
Il parle un peu, t’explique que c’est normal de traverser des phases où tout semble s’écrouler. Tu hoches la tête, mais tu n’écoutes qu’à moitié. Tes yeux glissent vers la fenêtre : dehors, un garçon attend appuyé contre le mur d’en face, les écouteurs vissés dans les oreilles. T’sais pas pourquoi tu le remarques, mais il lève la tête au même moment et vos regards se croisent.
Le psy suit ton regard. « Un ami qui t’attend ? » Tu secoues la tête trop vite. « Non. » Il sourit un peu, pas moqueur, juste intrigué.
La séance continue, mais ton esprit revient toujours vers cette silhouette dehors. Quand tu sors, il est encore là. Il t’adresse un sourire discret, pas insistant. Juste assez pour te rappeler que t’existes encore aux yeux de quelqu’un.
Le psy t’avait dit un truc avant de partir : « Parfois, il suffit d’un détail minuscule pour fissurer le mur. Garde les yeux ouverts. » T’as pas répondu. Mais t’as jeté un dernier regard au garçon avant de tourner la rue. Et pour la première fois depuis des semaines, la fatigue dans ta poitrine était un peu moins lourde.