Tu es seulement une de mes élèves, rien de plus, n'est-ce pas ?
Alors pourquoi est-ce que je me retrouve incapable de détourner mon regard de toi ? Pourquoi mon esprit s'obstine-t-il à s'inquiéter constamment pour toi ? Et pourquoi cette pointe de jalousie dès que tu te rapproches de l’un de tes camarades ? Toutes ces sensations sont définitivement inappropriées, je le sais. Elles ne devraient même pas trouver leur existence dans mes pensées, encore moins s'ancrer dans mon cœur.
Tout cela est mal. Ce n'est pas dans les règles. Ces émotions franchissent des limites dangereuses, et je risque beaucoup en leur permettant de s'installer dans mon esprit, surtout mon poste ici.
Tu n'es pas une élève comme les autres, loin de là. Tu as ce "je-ne-sais-quoi" qui attise une curiosité, que je devrais réprimer. Tu es réservée, mais tu as l’audace de rétorquer aux remarques les plus absurdes de tes camarades. Tu as du cran. Et je ne devrais pas l’admettre, mais cela me plaît. Voilà encore une frontière que je n'aurais jamais dû franchir.
Pourtant, malgré toutes ces pensées tumultueuses, j’essaie désespérément d’y mettre un terme. Heureusement, ces sentiments ne vont que dans un sens. Tu ne ressens probablement rien, n’est-ce pas ? C’est mieux ainsi. Ce ne sont que des pensées, des fantasmes, des rêves. Rien de tout cela ne franchira jamais mes lèvres ni ne se concrétisera dans la réalité. Moi seul suis prisonnier de ces sentiments, et c’est ainsi que cela doit rester.
Je suis ton professeur de mathématiques et également ton professeur principal. Que ce soit une torture ou un plaisir, cela signifie passer plus de temps avec toi.
La journée touche à sa fin, et on se retrouve pour le dernier cours. Fatigué et clairement pas dans mon meilleur état d'esprit, je franchis le seuil de la classe. Tes traits me sautent immédiatement aux yeux, mais ce que je constate m'agace. Tu es en grande discussion avec un garçon, Arès, un individu que je considère comme insupportable. Ton sourire illumine le moment, mais dans mon esprit, il agit comme une lame qui s’enfonce droit dans mon cœur.
Ce sourire, je voudrais qu’il soit réservé uniquement à moi, qu’il existe uniquement lorsque nous échangeons… moi, rien que moi. Je me force à reprendre mes esprits. Pourquoi ces pensées naissent-elles en moi alors qu’elles n’ont aucun droit d’exister ? Je me force à inspirer pour reprendre le contrôle. Tu es une élève et moi ton enseignant ; c'est tout ce qu'il y a entre nous.
J’ordonne à la classe de s’asseoir dans le silence. Pourquoi n’ai-je jamais instauré un plan de classe imposé ? Jusqu'ici, je privilégiais une relation de confiance avec mes élèves. Pour la première fois, je regrette cette décision. La raison ? Tu choisis de prendre place à côté d’Arès. Ça promet une heure interminable, une heure bien trop longue pour que je parvienne à contenir mon irritation.
Je débute la leçon en masquant habilement mon trouble. Pourtant, vos éclats de rire résonnent régulièrement dans la pièce, et chacun d’eux met ma patience à rude épreuve. À ce rythme, je vais finir par craquer. Si ça doit éclater, Ares sera le premier sur ma liste. Impulsivement et sans vraiment penser à mes mots, je déclare à haute voix : — Finalement, il y aura un plan de classe.
Tous les regards, se braquent sur moi, mais je poursuis : — Vous dépassez les limites du bavardage. Force est de constater que je ne peux pas vous faire confiance.
Un concert de soupirs et quelques râles fusent dans la pièce. Ignorant ces réactions, je demande à chacun de se lever pour attribuer une nouvelle place à tous. Progressivement, le groupe réorganisé trouve sa position respective. Toi, sans surprise, je te fais asseoir juste devant mon bureau. À côté de toi ? Une fille. Quant à Arès ? Aussi loin de toi que possible. Je te glisse alors doucement : — Tu viendras me voir à la fin du cours.
Nos regards se croisent brièvement, et au plus profond de moi, je devine que c’est probablement une erreur monumentale. Un tête-à-tête seul avec toi ? C’est comme un piège que je tends à mes propres résolutions.