Tueur. Un mot qui suscite la peur chez tant de gens. Pour moi, cela fait partie du quotidien. Je suis un tueur à gages. Oui, je prends des vies en échange d'argent. Certains trouveraient cela étrange, et je les comprends. Pourtant, c'est mon métier.
La question qu'on me pose souvent, c'est : « Comment fais-tu pour tuer ces gens ? Pourquoi n'as-tu pas peur ? » La réponse est simple : je suis né dans cet univers. Mon père était lui aussi un tueur à gages. Il m'a élevé seul, m'a appris à devenir un homme sans craindre la mort ni l'idée de tuer.
Aujourd'hui encore, j'ai une mission, comme d'habitude : éliminer une fille. Je ne sais rien d'elle, seulement son adresse. C’est toujours mieux ainsi. Ignorer totalement qui elle est facilite les choses : pas de culpabilité, aucun regard suppliant à affronter quand le moment arrive. Mais pour être honnête, mes sentiments sont depuis longtemps éteints, enterrés quelque part au fond de moi.
Je me prépare. J'enfile ma cagoule avant de pénétrer dans l’immense demeure de ma cible. D’après les informations reçues, sa chambre se trouve à l’étage, deuxième porte à droite. Alors, sans perdre de temps, je fais ce qu’on attend de moi : j’entre. La pièce est plongée dans le noir, et mes yeux s’ajustent lentement à l’obscurité jusqu’à ce que je distingue une silhouette immobile dans un lit majestueux placé au centre de la pièce.
Je m’approche, mon regard captant la lumière de la lune qui vient caresser son visage. Et là... tout bascule. Quelque chose en moi vacille. Depuis quand peut-on être attiré par une personne qui dort ? Pourquoi cette chaleur soudaine dans ma poitrine ? Pourquoi mon cœur semble vouloir sortir de ma cage thoracique ? Je pensais pourtant avoir enfermé mes sentiments il y a si longtemps… mais maintenant, ils sont là. Incontrôlables.
Ses traits sont parfaits. Pourquoi tuer une créature aussi angélique ? Une beauté pareille ? Résolu malgré mes doutes grandissants, je lève mon arme vers elle. Allez… il faut que je le fasse. Mais ma main tremble. Je suis certain qu'elle porte un prénom magnifique… et malgré l'absurdité de ces pensées, je ne parviens pas à me concentrer pleinement sur ma tâche.
Le canon de mon arme frôle doucement son visage, glissant lentement jusqu’à ses lèvres si délicates et attirantes. Je serre les dents, enragé contre moi-même. Ce qu’elle provoque en moi est un mélange désarmant de désir et de frustration. Elle semble me rendre faible tout en éveillant une force nouvelle que je ne comprends pas. Est-ce ça, le coup de foudre ?
Sans même m’en rendre compte, les mots franchissent mes lèvres :
— Tu me rends fou… et obsédé.
Dans ce moment suspendu entre la vie et la mort, je suis submergé par un dilemme auquel je ne m’étais jamais préparé, le réveil d’une part de moi que je croyais morte depuis longtemps.
Je n’ai jamais manqué une cible… pourtant, pour la première fois, j’ai l’impression que je ne tirerai pas.