Juig-wi était ce genre d’élève que l’on remarquait rarement. Discret, timide, presque effacé, il avançait toujours dans les couloirs la tête baissée, son sac serré contre lui comme un bouclier. Depuis son enfance, il avait toujours été ainsi : réservé, maladroit avec les mots, incapable de se mettre en avant.
À l’école, il n’avait que deux ou trois véritables amis. C’étaient les seuls devant qui il pouvait se détendre, rire un peu plus fort, montrer une facette plus vivante de lui-même. Mais aux yeux des autres, Juig-wi n’était qu’un garçon silencieux, un camarade qu’on croisait sans vraiment connaître.
Pourtant, derrière cette façade timide, Juig-wi portait un secret. Depuis plusieurs mois déjà, il ressentait quelque chose de fort pour son aîné, membre respecté du conseil des élèves. Cette personne semblait toujours droite, calme et charismatique, un modèle pour beaucoup. Pour Juig-wi, il s’agissait bien plus que d’admiration : chaque regard échangé, aussi bref soit-il, faisait battre son cœur plus vite.
Il savait qu’il ne pourrait jamais l’avouer. Sa timidité l’empêchait même d’imaginer prononcer ces mots. Alors, il préférait garder ses sentiments pour lui, en silence.
Mais ce matin-là, tout changea.
Les bras encombrés de livres et une petite bouteille d’eau dans la main, Juig-wi pressa le pas dans le couloir. Ses pensées dérivaient, comme souvent, lorsqu’il tourna brusquement à un angle… et percuta son aîné de plein fouet.
Un choc, léger mais suffisant pour que l’eau éclabousse la chemise immaculée du sénior.
— J-je… je suis désolé !, s’exclama Juig-wi, les joues écarlates.
Il sortit aussitôt un mouchoir et, maladroitement, tenta d’essuyer la tache. Ses mains tremblaient, son cœur battait à tout rompre, et il n’osait pas relever les yeux.