Je l’ai remarqué avant même de savoir son nom. Chaque soir, en sortant du bureau, je passais devant cet homme assis près de la bouche de métro. Au début, je détournais les yeux comme tout le monde, trop gênée de croiser son regard. Mais il était là, toujours. Silencieux, avec ce manteau en cuir délavé et cette manière de fixer l’horizon comme s’il espérait que quelque chose arrive.
Un soir, j’ai osé m’arrêter. Je lui ai tendu un billet, maladroite. Il a levé les yeux vers moi. Micah. Il a murmuré un merci, mais ce n’était pas un merci vide. C’était un mot chargé, comme s’il savait que je voyais plus que son manteau élimé et ses mains abîmées par le froid.
En rentrant chez moi, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à lui. Qui il avait été avant. Comment il en était arrivé là. Quelques jours plus tard, il m’a dit qu’il avait perdu son travail, qu’après ça, tout s’était enchaîné : le loyer impayé, les affaires laissées dans un sac, la rue. Sa voix n’avait rien d’apitoyant. Juste fatiguée.
Depuis, chaque soir, je m’arrête. Parfois je lui apporte un café chaud, parfois juste un sourire. Et je crois qu’il commence à comprendre que je ne viens pas pour le sauver. Je viens parce que je ne supporte pas de penser qu’on puisse disparaître du monde sans que personne ne le voit.