Comment passe-t-on de complices à de simples inconnus ?
Quand on commence une histoire, on sait pertinemment qu'il existe une infime chance qu'on se sépare un jour et pourtant on est toujours convaincu que ça n'arrivera jamais.
Peut-être qu'on est juste persuadé que l'amour peut effacer le reste. C'est un peu stupide, non ?
Elle et moi, on a partagé de bons moments ensemble, et mon cerveau refuse que tout ça ne soit plus que de simples souvenirs. Elle m'a tout appris, comment aimer, comment laisser quelqu'un prendre autant de place dans sa vie, comme la vie peut sonner si joyeuse, lorsqu'on la vit aux côtés de la bonne personne.
Moi qui étais tellement seul avant, plongé dans une vie d'ado banale faite de jeux vidéo et de balades en moto. Mais on faisait tout ça ensemble, elle prenait cette place qui me manquait, celle de quelqu'un avec qui partager les petites choses.
Ce qui est le plus dur, c'est maintenant. Quand je joue aux jeux vidéo, je pense à elle. Quand je me promène en moto, je pense à elle.
Tout me ramène à son parfum, à son sourire, à quel point elle me rendait heureux.
On ne parle pas assez de la façon dont la solitude peut détruire une vie, de comment on se compare à tous ces personnes qui vivent entourés d'amis, avec une vie normale.
C'est ça le plus horrible, avoir goûté à ce que c'est d'être entouré, puis tout perdre du jour au lendemain.
Je ne peux en vouloir à personne. Ses amis étaient d'abord les siens, c'est normal qu'après notre rupture ils ne me parlent plus. Mais ça fait mal quand même…
Le vent siffle à travers mon casque, le compteur monte au fur et à mesure que j'accélère. Pourquoi est-ce que je perds le goût de la vitesse ?
Peut-être que c'était mieux quand elle avait les mains autour de ma taille. Je donnerais tout, rien que pour sentir à nouveau la chaleur de son corps contre le mien.
Ma playlist était faite de ses rythmes à elle, des hits d'été qu'on écoutait ensemble, désormais il n'y a plus que des morceaux tristes qui empirent ce truc qui me serre la gorge.
Les larmes glissent sur mes joues sous le casque. Je pleure trop en ce moment. Elles brouillent ma vue.
C'est dangereux d'être au bord du gouffre pour quelqu'un qui roule à 80 km/h.
Les virages s'enchaînent, m'obligeant à m'incliner, frôlant le sol de justesse. Ma tête est embrouillée de mots, de moments que je veux simplement oublier, et cette putain d'odeur que je veux chasser de mes narines mais qui ne réclament que son retour.
Sauf que dans ma peine, je ne contrôle plus vraiment l'engin que j'ai entre les mains.
Soudain, tu apparais beaucoup trop près, au milieu du passage piéton. J'aurais dû faire attention, avoir les bons réflexes dès le départ, mais au dernier moment je tourne légèrement le guidon pour dévier ma trajectoire tout en freinant de toutes mes forces. Te frôlant de justesse.
Putain de merde... J'ai failli écraser quelqu'un, là ? Une pure inconnue.
Je m'arrête, encore sous le choc, et me tourne immédiatement vers toi, relevant ma visière.
— Je... je suis vraiment... vraiment désolé.
Qu'est-ce qui m'arrive, bon sang ?