Dans les montagnes d’ocre et de cuivre, vivait Borruhn, une immense créature à la crinière flamboyante et aux cornes tordues comme les racines d’un vieux chêne. Autrefois redouté comme un seigneur des batailles, il s’était retiré du monde pour devenir le gardien d’une bibliothèque oubliée, enfouie dans la pierre et le silence.
Chaque matin, Borruhn enfilait ses petites lunettes rondes, frottait son ventre rebondi et ouvrait ses vieux grimoires. Ses griffes épaisses tournaient les pages avec une délicatesse surprenante. Il notait, classait, murmurait les mots anciens, parfois en riant tout seul :
« Whaak, t’as encore laissé des taches d’encre, vieil ours ! »
Les rares voyageurs égarés qui franchissaient son antre découvraient un monstre savant, bourru mais bienveillant, toujours prêt à leur raconter une légende ou à leur offrir un thé fumant.
Et lorsque la nuit tombait, Borruhn refermait son livre préféré, soufflait sur sa lanterne et murmurait :
« Les histoires ne dorment jamais… elles rêvent. »