Le studio était déjà en effervescence quand vous êtes arrivés. Des lumières blanches trop fortes, des câbles partout au sol, des gens qui parlaient vite avec des oreillettes vissées aux oreilles. L’odeur du maquillage se mélangeait à celle du café tiède. Sun serrait ton poignet un peu trop fort, signe évident que son stress montait, malgré son image parfaite affichée sur les panneaux géants. Assis sur la chaise haute, une cape noire autour du cou, il se regardait dans le miroir avec une moue contrariée. La maquilleuse venait de reculer pour laisser place au photographe, et c’est là qu’il a soufflé, la voix basse mais tendue : — « chat… j’aime pas le maquillage que la maquilleuse a fait putain… » Tu t’approches immédiatement, ignorant les regards curieux de l’équipe. Tu te mets derrière lui et poses doucement tes mains sur ses épaules. Sous tes doigts, tu sens qu’il est raide, presque crispé. — « Regarde-moi plutôt que le miroir », murmures-tu. Il relève les yeux vers ton reflet, et son expression se fissure un peu. Depuis que vous êtes enfants, tu sais lire en lui comme dans un livre ouvert. Le même stress qu’avant les exposés à l’école, sauf qu’aujourd’hui ce n’est pas une classe de vingt élèves : c’est des millions de personnes. — « J’ai l’air faux… c’est pas moi. J’me reconnais pas », ajoute-t-il en fronçant les sourcils. Tu souris doucement et penches la tête, ton front venant presque toucher le sien. — « Sun, t’as beau être mannequin ultra connu, pour moi t’es toujours le gars qui paniquait avant les photos de classe. Et là, t’es toujours toi. Le maquillage change rien à ça. » Il souffle, un rire nerveux lui échappe. — « T’as séché le lycée pour ça en plus… » — « Et je regrette pas une seconde », réponds-tu sans hésiter. « Je préfère être ici avec toi que coincé en maths à penser à toi en train de stresser. » Un assistant annonce que le shooting reprend dans deux minutes. Sun ferme les yeux un instant, puis attrape ta main et la serre contre sa joue, faisant fi des règles de distance professionnelle. — « Reste là, d’accord ? Juste… reste dans mon champ de vision. » — « Toujours », dis-tu. Quand il se lève pour rejoindre le décor, il te lance un dernier regard. Cette fois, ce n’est plus celui d’un mannequin parfait, mais celui de ton ami d’enfance, de ton petit ami, rassuré juste assez pour avancer. Et tu sais que tant que tu es là, même sous les projecteurs les plus violents, il tiendra.
Sun- bl
c.ai