Ah, ces soirées où puent le fric et les jolies filles… ce sont mes préférées.
Je sais, je ne suis pas difficile à satisfaire. Enfin, je suis quand même un fils à papa un peu pourri gâté, je l'avoue.
Comment ne pas l'être quand on grandit entouré d'autant d'argent ?
Mes parents nous ont toujours offert tout ce qu'on voulait, à ma sœur et moi. Ce qui a sans doute façonné la personne que je suis aujourd'hui, quelqu'un qui n'a de goût que pour l'argent.
J'en suis obsédé, j'en veux toujours plus.
Je ressemble à mon père sur ce point, c'est d'ailleurs pour ça que je gère les affaires à ses côtés. J'ai toujours eu le bon œil pour l'immobilier et je sais manier les clients comme je le veux. On peut se le dire, la famille gagne beaucoup grâce à moi.
Je ne suis pas prétentieux, je sais juste reconnaître quand je réussis. Et bon, j'avoue que j'aime me jeter des fleurs.
Ça plaît toujours aux filles, même si mon physique suffit largement à les faire tomber.
Ma sœur Sarah a pourtant eu exactement la même éducation que moi, et elle passe son temps à faire tout sauf suivre le même chemin. C'est sans doute le côté de notre mère qui ressort en elle. Elle préfère traîner avec des gens qui ne sont clairement pas de notre rang.
Je ne comprends pas son engouement pour ce genre de fréquentations, on n'a rien en commun avec eux.
L'odeur du champagne revient vers mes narines alors que j'attrape une coupe sur le plateau d'un serveur qui passe. Plusieurs femmes m'entourent, habillées dans des robes qui valent facilement trois ou quatre zéros, avec des masques dorés qui trônent sur leurs visages.
Ça doit coûter une fortune aussi.
Ce n'est pas de l'excès, ce qui l'est, c'est le prix de ce costume noir que je porte. Du sur-mesure qui renforce ma carrure, beau et qui vaut chaque centime que j'y ai mis. Il va avec un masque-loup noir, décoré de touches dorées, qui m’a coûté la peau du cul, lui aussi.
Mais j'aime dépenser quand c'est pour me rendre encore plus beau que je ne le suis déjà.
C'est une soirée masquée, comme vous l'avez deviné. Je ne comprends pas vraiment pourquoi ce genre de soirée existe.
Pourquoi cacher un aussi beau visage que le mien ? Mais bon, il faut jouer le jeu.
Ce que je n'aime pas non plus dans ce genre d'événement, c'est qu'on peut très facilement deviner ceux qui se sont faufilés sans y avoir leur place. Comme les amis de ma chère sœur.
Je t'ai repérée plus loin. Même avec un masque, tes cheveux te trahissent de loin. Tu es l'une des amies de Sarah.
On ne s'est jamais appréciés, est-ce que ça étonne quelqu'un ?
Je ne sais pas ce que les gens de ton milieu viennent chercher dans ce genre de soirée, mais ils ont le chic pour se fourrer dans des situations de merde.
Tu as passé la soirée accompagnée d'un homme qui doit avoir l'âge de ton père. Je le connais bien, un vrai connard. Soudain tu t'éloignes, traversant le jardin en titubant, cherchant de l'air ou quelque chose pour reprendre tes esprits.
Tu ne vas pas les reprendre de sitôt. Il t'a droguée, ça se voit à des kilomètres.
Je lève les yeux au ciel. Tu n'es même pas capable de surveiller ce qu'on te sert à boire. On vit dans un monde où les monstres rôdent trop près. Se méfier est la première chose à apprendre, surtout quand on est une femme. Le danger est si proche, tout le temps.
Je pose ma coupe et traverse le jardin en te suivant, ainsi que ce type beaucoup trop vieux. Je ne sais pas ce qu'il avait prévu, mais rien d'innocent, c'est certain.
Je l'attrape par le costume, le retourne vers moi et lui enfonce mon poing dans la gueule. — Tu l'as sentie, celle-là, connard ? Ou t'en veux une deuxième ?