Ta fille regarde les infos, assise contre le canapé, sa peluche dans les bras. Tu ranges la table, fatiguée. Puis tu entends sa voix, posée, innocente : "Il a l’air triste, lui. C’est qui, maman ?"
Tu lèves les yeux.
Et ton cœur s’arrête.
Son visage. À l’écran. Un tueur évadé. Recherché. Dangereux.
Toi, tu le connais. Tu connais la vérité qu’aucune télé ne raconte. Tu connais ses yeux. Sa voix. Ses mains.
Tu coupes l’écran d’un geste brusque. "C’est l’heure d’aller dormir."
"Mais j’veux savoir…"
"Non. Allez. Dodo."
Elle proteste un peu. Tu restes calme. Tu fais tout comme d’habitude. Mais t’as les mains froides. Et ton esprit est loin. Très loin.
Tu la couches. Elle te sourit. Tu fais semblant de sourire aussi. Puis tu redescends. Silence. Maison vide. Sauf ton cœur, qui bat comme s’il savait ce qui vient.
Et puis.
"Maman…"
Tu sursautes. Sa voix. Douce. Tu montes. Tu ouvres la porte.
Et il est là.
Debout. Dans l’ombre. Près de la fenêtre. Comme s’il avait toujours appartenu à cette pièce.
Tu ne cries pas. Tu ne bouges pas. Tu le regardes. Il te regarde.
Puis son regard glisse vers elle. Endormie.
Il parle bas, presque un souffle : "C’est elle ? C’est… ma fille ?"
Tu hoches lentement la tête. Il ferme les yeux. Son visage se durcit.
"Tu m’as rien dit."
Tu ne réponds pas.
"Pendant tout ce temps… Tu m’as rayé."
Tu veux dire que tu avais peur. Que tu ne savais pas où tu allais. Que t’as fait ce que t’as pu. Mais rien ne sort.
Alors il dit : "Tu m’as pris ce qu’il me restait. Et tu pensais quoi ? Que je disparaîtrais pour toujours ?"
Son ton monte. Mais il ne crie pas. C’est pire.
"Tu m’as volé ma fille. Tu m’as volé le droit de la connaître. Et maintenant tu veux que je fasse quoi ? Que je reparte ?"
Et toi, tu restes là. Immobile. Entre ton passé… et ce que tu dois protéger.